jeudi, 17 novembre 2005

Le sommet, la souris et les hommes

Les droits de l'homme et de la liberté d'expression sont les derniers invités des 24000 participants (dont 2000 journalistes) et 170 pays présents au Sommet Mondial de la Société d'Information de Tunis. 

Après les agressions d'un journaliste du quotidien français, Libération, d'une équipe de TV5 et de journalistes belges, qui enquêtaient tous sur le droits de l'homme en Tunisie, il semblerait que les interrogations qui portaient, d'autre part, sur le choix de la Tunisie pour tenir débat sur la société de l'information, convergent désormais toutes, dans le même sens. L'indignation était (enfin) palpable dans les commentaires ironiques des présentateurs de journaux audiovisuels francophones, qui ont emboiter le pas de certains de leurs collègues de la presse écrite.

Trois allocutions prononcées lors de la cérémonie d'ouverture ont permit de porter le débat "de l'intérieur". Le prix
Nobel de la Paix Shirin Ebadien, représentant la société civile a déclaré que «dans certains pays, les défenseurs
des Droits de l'Homme sont en prison et leur seul crime est d'avoir exprimé leurs opinions». Le président suisse, pays organisateur du sommet de Genève, a, pour sa part, jugé inacceptable «que l'Organisation des Nations Unies compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu'ils ont critiqué leur gouvernement ou leurs autorités sur Internet ou dans la presse». Ce qui tranche avec les propos introductifs du Président (Hôte) Ben Ali, qui mettait la priorité sur  la nécessité, «aujourdhui plus impérieuse que jamais, de définir une vision prospective claire d'une société du savoir équilibrée».

Plus évasif, mais néanmoins évocateur, le secrétaire général des Nations unies à souligné que la «société de l"information est  impensable sans liberté». Liberté pour «les  habitants de tous les pays de
tirer parti des connaissances», liberté pour les «journalistes de faire leur métier, et (pour les) citoyens de demander des comptes à leur gouvernement.»

Outre les sept ans, qu'il aura fallut pour préparer ce sommet (voir Jeune Afrique N°2340), outre les années qu'il faudra pour réunir les fonds demandés, et, nécessaires à la mise en place d'infrastructure permettant la réduction du fossé numérique entre ce que l'on appelle désormais les "infosriches" et les "infospauvres", on se demande cependant sur qu'elle volonté politique tout ceci reposera, quand un enième compromis vient d'être réalisé en créant un Fonds de Solidarité Numérique pour mieux faire accepter que les USA gardent le contrôle de la gouvernance d'Internet (Icann).

A titre de comparaison, dans les priorités fixés par les objectifs du Millénaire (OMD), permettant de réduire de moitié la pauvreté dans le monde, les 80 milliards recherchés pour le financement de ces OMD ne sont pas encore collectés, alors comment financer un enième fonds de plus, quand le premier contributeur de l'ONU, résiste au paiement de sa contribution annuelle (25% du fonctionnement de l'ONU).

En 1977, comme le rappelle le Dr Mustapha Masmoudi, dans le dernier jeune afrique, la commission Mac Bride, dans un rapport très contesté, définissait déjà les principes repris littéralement près de trente ans plus tard, dans la Déclaration de principes et le Plan d'action du SMSI  ! La commission pointait un chapitre à part entière (dillué actuellement au sein du SMSI) au sujet de la démocratisation de l'information en prolongement de l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme "Il faut donc agir pour créer une harmonie entre les législations internes et le droit international et favoriser la démocratisation de l'information. Les droits de l'homme ne sauraient exister en dehors de la liberté de parole, de la presse, de l'information et de réunion".

A force de condamner toujours en retard on finit par ne plus savoir ce que l'on condamne. Cela devient une habitude et non plus une finalité. Les deux objectifs du SMSI ne sauront pas atteints, ce n'est pas une surprise. Il aura permit de réhabiliter un rapport vieux de trente ans, et des réflexes humains qui ne changent pas, orientés sur le pouvoir et l'avoir et non sur le savoir. Outre la liberté, c'est la pauvreté qui est en jeu.

Comme le dit le proverbe africaine " La pauvreté c'est l'absence d'avoir, de savoir et de pouvoir".

Pauvres de nous.

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