mercredi, 27 juin 2007

CHAPITRE 4 : ERRANCES PRESIDENTIELLES

BUSH PRESIDENT DE LA BLOGOSPHERE ?

Dés novembre 2004, Edgar Pisani relevait le rôle politique d’Internet dans le financement de la campagne présidentielle américaine : « Le républicain John McCain avait ouvert la voie en récoltant 1 million de dollars en l'an 2000. Le démocrate Howard Dean a obtenu 20 millions de dollars en ligne pour financer sa campagne des primaires. John Kerry a engrangé 82 millions qui lui ont permis de faire presque jeu égal avec George Bush» (249 millions contre 273 millions de dollars au total).

f6a0e6f5e0bb544efe58d7395df12e09.jpgSi l’outsider Howard Dean n’a pas été élu lors des primaires, il est devenu le Président du Parti Démocrate Américain. Ils n’étaient que 6% à effectuer des dons en ligne. L’étude du Pew Center a également montré que 30 % des électeurs américains (diplômé, jeune urbain aisé) ont utilisé Internet pour s’informer sur la campagne en 2004 (18% en 2000).
Les principaux usages relevaient d’informations sur les candidats (54% ont consulté des sites électoraux et 51% étaient motivés par l’envoi de plaisanteries par mails (51%). (http://vedel.blogspot.com) Si les informations ont été révélées par les médias traditionnels, les blogs ont également révélé deux affaires reprises. (Drudge Report, avec l'affaire Lewinsky et le « Rathergate » Ratherbiased,)

035683f8c447bf1827ac56c053c58e0b.jpgSeulement 50% des Américains jugent les médias traditionnels fiables contre 72% vingt ans plus tôt Technorati a pointé les sites médias et les blogs lors d’un classement comparatif par nombre de sources : 6 blogs ont plus d'influence sur Internet que la BBC et 8 blogs ont plus d'influence que USA Today. (le blog démocrate pro-kery The daily Kos cumulait à prés de 15 millions de visiteurs par mois.)
(pour compléter voir MeetUp , PersonalDemocracyForum - Election 2004: Lessons for the Future (I), L'initiative du Guardian, GlobalVote2004 , TalkToUS , e-Volve Foundation )

L'efficacité démontrée par le parti de George Bush repose sur des structures et les pratiques sociales à la fois traditionnelles (les églises, les sermons du dimanche, une organisation hiérarchisée) et virtuelles. "Les républicains ont construit une infrastructure de mobilisation des électeurs extrêmement efficace en s'appuyant sur des systèmes brevetés et très hiérarchiques." explique Allison Fine directrice de la Fondation e-Volve qui oeuvre pour la démocratie électronique.

Quelle est donc l’influence réelle de ces blogs sur le résultat des élections ?
Dire que l’Internet n’a pas d’influence sur la politique, ce serait nier l’impact de la télévision dans la communication politique à partir des années soixante. A titre d’exemple, les médias traditionnels n’ont-ils pas relayé la blogosphère avec la vidéo des 35h de Ségolène Royal, ou la déclaration d'Alain Duhamel ?

Loïc Lemeur met en avant l’autorégulation rédactionnelle « Les blogs donnent un visage plus humain à la politique avec une écriture différente. Les sources sont plus nombreuses, très variées, les blogs démarrent des discussions, voire des débats les médias traditionnels offrent rarement des commentaires sur tous les articles. Les blogueurs ne subissent en général pas les contraintes habituelles des objectifs d'audience, les weblogs s'auto-critiquent et s'auto corrigent rapidement».

731b9b80cd99a21fd9e0196984809b2b.jpgEn 2007, le medium Internet a été plus présent que jamais en France dans une campagne électorale. (Médiamétrie indiquait en mars 2007 que plus de 5 millions d’Internautes avaient consulté, les sites et blogs liés à la campagne électorale). Sites de campagne, e-militantisme, baromètres, vidéos en ligne, blogs, débats participatifs, rumeurs, satires, monde 3D, un foisonnement sans précédent et largement annonciateur du taux de participation. 33 ans après le document de Raymond Depardon sur « la partie de campagne » de VGE, l’ancien président sortait son blog.

« Les Français sont de plus en plus nombreux à surfer sur Internet. 26 millions pour être exact. Et 10 à 15 % d’entre eux consultent des blogs politiques». C’est le magazine Elle qui nous l’apprend. (http://www.elle.fr/elle/societe/les-enquetes/une-campagne-tres-net__1/(article)/94182).

D’après IFOP, ils seraient 10%. Comme le souligne Netpolitique (THE blog de référence sur le sujet avec République des blogs), le 5è pouvoir de Thierry Crouzet devra attendre un peu. Le sondage révèle un nouveau paradoxe d’Internet ; la surestimation systématique du poids des blogs et la sous-estimation du média Web au sens large.(ce sondage de l’IFOP). Et le profil des lecteurs de blogs politiques ? Il serait francilien et plutôt de gauche…de quoi satisfaire Ségolène Royal qui aurait consacré 10 % de son budget à la « ségosphère », tandis que Nicolas Sarkozy se serait contenté de la moitié.

Citoyens « masqués, bardés de fausses adresses ou anonymes », à la sauce André Santini, ou citoyens en quête d’information ?

be630358ed577bbb86d34f5036736ac7.jpgL’expérience des élections américaines n’a pas été oubliée : Pas de net-campagne, sans militants ! C’est en 2001 que le terme est apparu en France (moins de 1% des listes avaient un site). En 2002, tous les candidats avaient un site, au total, environ 1,5 million d’électeurs avait consulté un site. En 2004, lors des élections régionales ou européennes, 12% des internautes français (6 à 7% des électeurs) se sont informé par Internet et en 2007, ils seront, entre 15% à 20% des électeurs (30 à 35% des internautes). Suivant les générations, la confiance varie. Selon la 1ere vague du baromètre politique du CEVIPOF, seulement 12% des électeurs font confiance à Internet comme première ou seconde source d’information (contre 65% pour la télé), les 18-25 ans et les plus diplômés étant les plus confiants.
Les « supporters de Sarkozy » étaient 270.000 sur les 500.000 visés et Ségolène royale à séduit 500.000 e-militants avec un réseau de 1500 blogs. François Bayrou (l’ami de Santini) aura tout de même réussi son pari, le « Howard Dean à la française » réalisera plus de 18 % des voix au premier tour, plus que les 5-7% annoncés par les sondages. Si la victoire lui échappe par deux fois (le groupe parlementaire, passant à 4 députés) son nouveau parti (le MoDEM) peut se targuer de réunir plus de militants que l’UDF (plus de 100 000).
http://actualite.aol.fr/les-medias-faussent-ils-le-jeu-politique-/PTFR_45360/p-p_p/presidentielles-article_id/legislative-2007/article.html

LA FIN DES MEDIAS TRADITIONNELS ?
Comme le rappelle Thierry Vedel « La télévision restera le principal médium de la campagne électorale. Chaque jour 75% des Français regarde un JT . La télévision est le médium le plus universel et touche des individus de tout âge et de toute condition sociale». voir ICI l’audience internet en juillet 2006 sur le site de Médiamétrie)
Selon IFOP, 75% des internautes surfent pour lire les quotidiens nationaux, 67% pour consulter les sites des chaînes TV. Les internautes recherchent avant tout de l'information sur le programme des candidats (79%) et considèrent à 44% Internet comme une manière de conforter son intention de vote et 23% comme une aide à la décision. (http://tf1.lci.fr/infos/elections-2007/lexpress/sondages/0,,3429380,00-net-acteur-poids-dans-campagne-.html).

dbf5ed2284fc40829c20a14eeee93a40.jpgL’étude de l'institut "Oto Research/Groupe Fullsix". confirme ces tendances. 54% des sondés surfent pour s’informer sur les élections (55% pour la presse écrite). (64% des partisans de François Bayrou, suivi de Sarkozy et Ségolène royale). 43% des sondés font confiance à la télévision, 28% à la presse écrite et 19% au Web. (50% des partisans de Nicolas Sarkozy plaçaient la télévision en tête, les partisans de Bayrou et Royale préférant la presse écrite et le Web).

Selon François Bayrou, poursuivant son pari sur les blogs et sa méfiance des médias traditionnels "la blogosphère est une arme pour une candidature indépendante". Après sa critique en direct du 20 heures de Claire Chazal, sur TFI, contre le quatrième pouvoir, le centriste profitait d'une remontée des intentions de vote, aux alentours de 8%. Ses critiques sur la bipolarisation médiatique ont trouvés des échos, évidemment auprès de Jean-François Kahn, du magazine Marianne mais surtout auprès des correspondants de la presse étrangère couvrant les élections (Espagnoles, Belges, Suisses notamment, ont été étonnés par leurs confrères français et par le fait que seuls Charlie Hebdo et le Canard Enchaîné faisaient de l’investigation (patrimoine, RG, etc).


La problématique repose en fait sur un paradoxe, un de plus : qui garantit le mieux le rôle démocratique du contre-pouvoir ?

La plupart des blogs politiques sont davantage des leader d’opinion que des journalistes de campagne.« Internet est plus qu’un média. L’opinion s’y fabrique en direct et de manière collective. Les arguments qui y étaient avancés n’étaient pas les mêmes que ceux que l’on trouvait dans la presse. Le thème de la dette, par exemple, vient des analyses chiffrées parues sur le Web et publiées par des experts. En ce sens, c’est un vrai contre-pouvoir et un réel terrain d’expression et de militantisme. Internet crée la surprise car il permet l’inédit. Le blog de François Mitterrand qui vient d’être fermé représente la rigueur, la recherche et l’analyse auxquelles un lecteur s’attend. Les informations que l’on y trouvait n’étaient ni diffusées dans la presse, ni signées». Déclarait le dirigeant d’iPol). (Voir également : http://www.leblogmedias.com/archive/2007/06/12/ipol-le-meur-magazine-webzine-pep.html).

Manipulation ? Peut-être mais suivisme journalistique sans aucun doute, sans oublier l'utilisation contestable des sondages d'opinion davantage utilisés comme des repères d’audience médiatiques quotidiens que comme des sondages de l’opinion. Qui sont les marionnettes de l’info ?

TRAITEMENT DE CAMPAGNE
Alors que François Mitterrand s’invitait dans la campagne au travers d’un blog, on s’interroge naturellement sur la question : quel a été le rôle des médias traditionnels et quel bilan tirent-ils de leur prestation ? Du droit d'inventaire au bilan de campagne, il n’y avait qu’un pas. Les médias traditionnels sont donc toujours les plus influents, la télé loin devant, qui starise de façon un peu ringarde quelques blogueurs ( Loic Le Meur, ou Quitterie Delmas). Les médias se sont souvenu, à l'occasion du référendum, qu’un blog pouvait faire basculer la France dans le camp du non. Les journalistes bloguent ( Christophe Barbier , Jean-Michel Apathie , Karl Zéro , John Paul Lepers).
Daniel Schneidermann dans une interview au Monde « amateurise » les blogs, incapables, selon-lui de générer des débats entre candidats : “Je trouve que les médias en ligne, c’est-à-dire les sites, les blogs, ont raté plusieurs occasions d’acquérir une vraie stature, et d’acquérir une influence qui soit, je ne dirais pas comparable à celle des médias traditionnels, mais disons, en tout cas, de progresser en influence».

0225154a9a6704c9d46a4dc176f3ae86.jpgIl oublie cependant que le débat de la netcampagne était ailleurs et que son décodage est un peu court. Pour ceux qui l’aurait oublié, le débat portait justement sur une forte demande de débat politique et non pas sur une offre politique « prêt à voter » (d’ailleurs plus proche de futur premier ministre que de futurs présidents, en témoigne l’absence totale de sujets de politique étrangére). Ce ne sont ni les hersatz démocratiques de TFI et des rendez-vous avec les « citoyens » ni le vidage de sens opéré par la « ségocratie participative » qui pouvait nous sortir de l’impasse. Le suivisme des médias traditionnels n’ayant pas permit de débat sur le fond, mais à favorisé un zapping électoral sans précédent. La critique des médias s’arrêterait-t’elle au plateau de France 5 et l’excellente émission d’arrêt sur Image ne risque-t’elle pas de prendre la voie du rathergate ? Allons Daniel, pas toi !

561a0a6c319c39fbbc16778dd7ceab2f.jpg« Les médias traditionnels ne se posent pas assez la question de savoir ce qui intéresse les lecteurs. D’ailleurs, Internet n’y occupe qu'une place anecdotique alors que cet espace fait partie du quotidien des Français. Les médias actuels empêchent le débat d’avoir lieu car ils en personnalisent les enjeux. L’élection présidentielle avait un sens quand elle était la rencontre entre le peuple et un homme. Aujourd’hui, les médias ne sont ni arbitres, ni contre-pouvoirs. Le message est brouillé la plupart du temps. Seul le Net joue ce rôle d’agent fédérateur. Les médias traditionnels ont alors pris Internet comme un gadget pour se « déringardiser » mais ne sont pas entrés dans une logique d’échange»(Ipol).

Thierry Vedel, analyse l’influence inversement disproportionnée des blogs par rapport à leur audience réelle. L’objectif des blogs militants n’est pas l’information mais bien l’opinion. La blogosphére politique fonctionne tel un relais social (une extension dans un groupe social, des discussions de bureaux, de famille etc.). En fait une réactualisation de la théorie de Lazarsfeld et Katz qui, s'appuyant sur des enquêtes réalisées lors des élections de 1940 et de 1948 aux Etats-Unis constataient que les informations que les électeurs recevaient des mass médias étaient médiatisées par leurs relations sociales. (Le two-step flow décrit ici). La théorie qui aujourd’hui alimente les réseaux sociaux sur Internet repose sur un modèle plus concentrique : le modèle de Dunbar.

La principale leçon de cette élection présidentielle réside dans la participation des français et de la réappropriation de la chose politique par les citoyens. Le débat a laissé place aux résultats.
L’échec repose sur cette forme de journalisme que les Français ont considérée de“politiquement correcte”.(seul Luc Séguillon de LCI reste convaincu sur son blog qu’il y a eu un débat de fond).
La disparition des journalistes du débat politique, symbolisée par les émissions de TF1 devrait donc d’abord susciter un débat dans la profession. Comment retrouver leur légitimité et leur utilité ?

cc7d2cac1976860e93059a967fee1357.pngLe nombre de militants en ligne n’a cessé d’augmenter depuis le début de la campagne.
La nouvelle donne du net a été l’audience crée par l’interdépendance entre les médias (Le Monde.fr), (Liberation.fr) (Itélé) et les citoyens qui ont participés à des médias citoyens (Agoravox), (DailyMotion ou a des forums de Désirs d’Avenir) et les nouvelles formes de militantisme». (la carte de la blogopole carte Segoland ou la carte Google Map des supporters de Nicolas Sarkozy, petite géographie des vidéos de campagne d’André Gunthert e-soutiens de l’UDF , e-supporters de Sarkozy ou coopérative militante du PS).

La net-campagne est finie. Vive la net-politique !
Déjà en novembre 2004, Pisani, décrivait « Une dynamique relativement vertueuse entre journalistes traditionnels et blogueurs qui se surveillent mutuellement pour le plus grand bien du public. Chacun vérifie la véracité des affirmations de l'autre comme si la rivalité entre médias était encore plus forte que celle qui sépare les camps politiques».

Comme se le demande Autheuil dans ce billet les acquis de cette net-campagne au-delà du seul scrutin ont-ils été mesurés à leur juste mesure?

Suite et fin au chapitre 5.

NB : les hyperliens vont redevenir interactifs, dés que ce dysfonctionnement sera réparé par la plateforme.

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