mardi, 23 octobre 2007

Desert Storm II

Quelque chose de très dérangeant est en train de se passer au Niger. Une atteinte à la liberté de la presse....mais pas forcément là où l'on croit. Petit retour en arrière.

Courant septembre 2007, le correspondant de RFI, également correspondant de RSF, également patron d'une radio de proximité (cherchez l'erreur) était arrêté par le procureur pour "atteinte à l'autorité de l'état".C'est regrettable.

A priori on pourrait penser qu'il s'agit d'un enième muselement de la presse africaine par un pays où règnerait la dictature et l'antipactecolonnialiste primaire, raccourci facile que l'on donne en pâture aux jeunes cerveaux et où la communication politique, où la propagande, c'est selon, tente de masquer les intérêts sonnant et trébuchant, pour conduire à un résumé "prêt à penser" masquent l'équation d'un pays en manque de vision, de projet, de gouvernance par la compétence et donc d'objectivité . Une situation banale, qui fournirait une explication classique vécue ailleurs et terriblement répétitive dans beaoucoup de pays en crise identitaire ou en crise tout simplement : ce sont les étrangers qui sont responsables. En Afrique la version coutumière serait plutôt "c'est la faute des blancs" et donc "c'est la faute de la france"...etc.etc... Au Niger donc, voici donc un scénario tout aussi classique qui se déroulerait. Vue d'Europe ou d'ailleurs, un énième élément donnant une image habituelle et négative de l'Afrique. C'est RFI qui en parle et qui parle de RFI : on emprisonne à défaut de couper le son d'une radio aux couleurs de la "voix de la France". Le tout sur fond d'affaire Areva (qui a au bout de 30 ans a enfin accepté l'idée de payer un prix plus élevé sur ses extractions d'Uranium) et sur fond d'affaires des infirmères bulgares (et donc de deal avec le voisin du Nord : le démocrate colonnel kadafi). Un beau mélange comme on les aime. Une belle "sauce embouteillage" comme on dit au pays.

Oui mais voilà, on parle du Niger. Pays le plus pauvre de la planète selon les derniers classements, et dont la culture repose plutôt sur l'humilité et la discrétion. Alors plutôt que de crier avec les loups (RFI depuis ne sait plus ce que veut dire traitement de l'information et s'est véritablement transformé en une vulgaire antenne de propagande, allant désormais dans le sens de ses détracteurs, à la manière d'un CNN perdu dans le désert Irakien et d'un contrôle d'une information, une communication de l'information par les USA). Quelques faits nous ont interpellés, lors de notre passage à Niamey. Etant observateur privilégié des médias africains en géneral, et d'Afrique de l'Ouest en particulier, étant proche des observatoires de la liberté de la presse et des organisations sectorielles et professionnelles, des régulateurs, et des Ministères de la Communication, étant démocrate, ouvert d'esprit, technicien, homme libre et citoyen du monde : je dis STOP !

Gabriel (FIJ) j'ai lu ta réaction tu te trompes, chers collègues guinéens, je dis "vérifiez d'abord".

RFI se trompe, RFI désinforme, et RSF ne fait qu'emboîter le pas. Tout deux ont oublié deux fondamentaux du métier de journaliste : vérifier ses sources et respecter le traitement de l'information.

88819c9efbc1999c5942c679998667ee.jpgPlusieurs questions doivent être abordées face à un enjeu de cette taille, et afin que la liberté de la presse soit respectée et non polluée par celui qui crie le plus fort : Est-ce que le correspondant de RFI se comportait en qualité de journaliste au moment des faits ? (la réaction corporatiste est certes louable, mais si les agissements, sous des vêtements de reporter, s'apparentent au commerce plus qu'à la collecte d'information, alors est-il reporter ? Comment RFI et RSF peuvent-ils expliquer ce manque flagrant d'indépendance et cette aptitude à cumuler les fonctions, souvent contradictoires ? Ce journaliste est-il en dessous de tout soupçon ? Le Niger n'a-t'il pas acté comme tout pays démocratique (indépendance de l'éxécutif sur le judiciaire, procédure respectée). Le récent débat à l'assemblée menant au changement de Premier Ministre n'est-t'il pas un exemple démocratique que beaucoup de pays du Nord envieraient ? Un journaliste a-t'il le droit de louer son véhicule de fonction à des confrères étrangers venant en reportage ? La liste est longue et les confrères nigériens savent de quoi nous parlons. Par humilité ils avaient décidé de ne pas en parler, mais jusqu'à quand ? Ce mutisme est-il utile à la profession et à la démocratie nigérienne , alors que le monde francophone entier pense que c'est tout le contraire qui se passe sur place ?

La liberté de la presse n'a pas de frontières et le traitement "banania" voire "bananier" que nous réserve cette poudrière rédactionnelle africaine décrédibilise toute la profession.

RFI s'est trompé, un point un trait ! Plutôt que de reconnaître son erreur, elle s'enfonce dans un combat perdu d'avance, pour la vérité, pour le métier, pour les auditeurs, pour les résidents, pour les africains, semant encore plus la discorde et l'amalgame entre les populations. RFI invente l'actualité pour règler un problème d'ordre interne tout au plus, désinformant ses auditeurs, plutôt que de jouer la carte de la transparence et de la déontologie. Cette rédaction africaine pose problème, elle est devenue un état dans l'état, parfois journaliste, souvent faiseuses d'opinion, très souvent marchande de la pensée unique dont nous connaissons les pratiques.

A quand la rupture ? A quand l'ouverture ? A quand le débat ?

Que le débat se fasse, s'il fait avancer les idées, un petit progrès pour l'humanité, un gifle à la médiocrité et au mensonge. A l'heure de la réflexion de la politique audiovisuelle extérieure française, le conseiller benhamou devrait s'attacher quelques vérifications supplémentaires, techniques, loin des salons et du petit monde du convenu journalisitique parisien alors que c'est l'avenir des citoyens du monde que l'on prend en otage.

Le président Schwartz devrait également écouter les autorités nigériennes qui, en marge du sommet de Cannes, l'avaient déjà alertés. Robert Menard...non laissez tombé, on a dit qu'on parlait de l'avenir...RFI est une superbe radio par ailleurs, un outil essentiel à l'espace francophone, capable des meilleurs sons, émissions reportages. Mais dans le cas présent, le desk africain vient de commettre une nouvelle erreur. Qu'il l'a reconnaisse et laisse la place aux talents indépendants.

Merci à Terranova de m'avoir laissé publier cette tribune, petite goutte dans un océan de désinformation.

"Quand on a décidé de marcher sur la tête, il ne faut pas avoir peur de se sâlir les cheveux." (proverbe ivoirien).

Que le débat ait lieu !

Merci de faire passer.

Franck Berthod

 

 

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