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lundi, 05 novembre 2007
Isoloirs (1)
Quel coup fourré nous prépare-t-on encore avec cette histoire de nouveau gouvernement que Sidiki Konaté vient de lancer ? On se doutait bien qu'après la dernière résolution de l'ONU qui prolongeait les sanctions et l'embargo sur les armes, quelque chose sortirait du laboratoire à idées de nos gouvernants. On se souvient que lorsque la précédente résolution de l'Onu avait dit que la seconde transition que devait conduire M. Charles Konan Banny serait la dernière, c'est-à-dire que les élections devaient coûte que coûte se tenir au plus tard à la fin du mois d'octobre qui vient de passer, on avait sorti du chapeau le dialogue direct. Il a permis de torpiller la résolution de l'ONU, de griller Banny, la France et l'ONU elle même, et de gagner un an de plus au pouvoir. Au bout des courses, M. Laurent Gbagbo a récupéré tous ses pouvoirs, a nommé qui il voulait comme premier ministre, et lui a donné les pouvoirs qu'il a bien voulu lui donner, c'est-à-dire rien. M. Gbagbo n'a jamais été aussi puissant qu'après l'accord de Ouagadougou. Non seulement, Guillaume Soro ne lui réclame rien, et fait tout ce qu'il lui demande, en plus il n'y a plus d'Assemblée nationale pour discuter ses décisions, et l'opposition n'a pas encore compris à quelle sauce elle sera mangée. A Bouaké, M. Gbagbo a dit qu'il voulait aller vite, vite, vite aux élections. Cela a suffi pour que les leaders de l'opposition sortent enfin de leurs salons climatisés. Mais croient-ils vraiment que M. Gbagbo soit si pressé d'aller aux élections ? Pourquoi se presserait-il, alors qu'aujourd'hui, il a tous les pouvoirs, fait ce qu'il veut de l'argent du cacao et du pétrole sans rendre compte à qui que ce soit, construit ses palais à Yamoussoukro, et que ses camarades se servent comme ils veulent et construisent eux aussi leurs petits palais, sans craindre qui que ce soit ? Alors, franchement, pourquoi veut-on que M. Gbagbo se presse pour organiser des élections libres, transparentes et ouvertes tant qu'il n'est pas à cent pour cent sûr de les gagner sans coup férir ? Et pourquoi veut-on que de son côté, M. Guillaume Soro se presse lui aussi ? Que deviendra-t-il après des élections, quel que soit le vainqueur ? Qui le gardera comme premier ministre avec des fonds de souveraineté de plus de 15 milliards ? Laurent Gbagbo ? Henri Konan Bédié ? Alassane Dramane Ouattara ? Qui gardera Sidiki Konaté comme ministre dans son gouvernement ? Il est évident que pour eux aussi, plus les choses durent, et mieux ça vaut. Cela permet de mettre beaucoup d'argent de côté, de faire oublier certaines vilaines choses qu'on a faites à Bouaké et ailleurs, et surtout de rêver d'un futur destin présidentiel.
Alors, que nous réserve-t-on ? La dernière résolution de l'ONU dit d'aller vite, vite, vite aux élections. Mais on sait désormais ce que valent les résolutions de l'ONU. Il suffit de sortir quelque chose d'original de la boîte à idées pour les contourner. Sans doute que l'on veut vider du gouvernement les ministres du RHDP qui osent se plaindre de ce que les choses n'aillent pas aussi vite qu'ils le voudraient. D'abord, ils ne servent à rien, puisque les vraies décisions se prennent en leur absence. Quel ministre du RHDP était au courant des énormes transferts d'argent qui ont créé le scandale des 100 milliards ? Même pas celui de l'agriculture. Lequel d'entre eux peut nommer ou dégommer tranquillement un directeur ? Lequel d'entre eux peut nous dire comment se confectionnent les listes électorales et où on va avec le processus de sortie de crise ? Ils nous parleront de l'accord de Ouagadougou. Mais qu'en savent-ils exactement ? Juste ce que MM Gbagbo et Soro veulent bien leur dire. Pas le vrai deal qui existe entre eux et le parrain Blaise qui a commencé à engranger les dividendes de sa médiation. Non seulement, il a amélioré son image sur la scène internationale en passant de déstabilisateur de l'Afrique de l'ouest à faiseur de paix, mais ensuite il est devenu le vrai patron de la Côte d'Ivoire où il a même nommé un proconsul. Désormais plus rien ne se fera dans ce pays sans tenir d'abord compte des intérêts bien compris de M. Blaise Compaoré. Il a obtenu que les Burkinabé expulsés du sud ouest en 1999 reviennent chez eux, et maintenant la suppression de la carte de séjour. Le prochain gain sera certainement le poste de gouverneur de la BCEAO. Laurent Gbagbo dit que parce que la Côte d'Ivoire a plus d'argent dans les caisses de la BCEAO, le poste de gouverneur devrait revenir à Bohoun Bouabré. Vous verrez bien ce qui se passera. N'avait-il pas dit avant qu'il n'était pas d'accord qu'un ancien président de la république préside la commission de l'Union africaine ?
Jusqu'ici on avait laissé quelques postes ministériels au RHDP pour qu'il se taise, puisqu'il est connu qu'on ne parle pas la bouche pleine. Non seulement ses ministres se sucrent abondamment comme les autres, s'achètent comme les autres des appartements à Paris, mais ils alimentent aussi les caisses vides de leurs partis. Mais Mabri Toikeusse peut bien changer les permis de conduire pour se faire un peu d'argent de poche sans que cela ne dérange MM Gbagbo et Soro qui ont eux, l'argent du cacao, du pétrole, des impôts, des déchets toxiques et des multiples trafics au nord, argent qui est infiniment plus consistant. Tout ce qu'on demandait à ces ministres du RHDP était qu'ils la bouclent. C'est ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent. Mais apparemment, soit ils trouvent qu'ils ne mangent pas assez, soit ils trouvent que les choses commencent à trop durer, surtout que l'un de leurs chefs risque d'être forclos si l'année prochaine passe sans élections. Alors ils commencent à parler. A faire des meetings. Et à critiquer. Et Sidiki Konaté n'aime pas ça. " Quand on veut jouer aux donneurs de leçon et vouloir empêcher les gens de piller tranquillement le pays, on sort du gouvernement, espèces de hiboux ! " En changeant de gouvernement on crée une petite crise qui permet de faire oublier aux Ivoiriens les 100 milliards détournés dans la filière du cacao, l'incompétence notoire de beaucoup de membres du gouvernement qui donnent des leçons, les rackets, la hausse des prix, l'augmentation des impôts, les rues impraticables, quelques arrestations imminentes, et surtout cela laisse le temps de trouver comment contourner la dernière résolution de l'ONU. Au besoin, on pourrait créer une grosse crise en sommant Guillaume Soro d'arrêter de piller tout seul le nord alors qu'il a une grosse part de ce qui est pillé au sud.
Alors, que nous réserve-t-on ? On aura le temps de le savoir. Certainement que l'on cherche comment se maintenir indéfiniment au pouvoir jusqu'à ce qu'on trouve comment gagner les élections sans aucun risque. C'est l'opposition qui n'a pas d'imagination qui croit qu'on va un jour organiser des élections qu'elle pourra gagner. Quant au peuple, on pourra lui faire subir tout ce qu'on voudra. Et il ne se passera rien ! On a à côté, au Sénégal où je me trouve en ce moment, l'exemple du père Wade. Il est passé haut les mains au premier tour de son élection présidentielle, au grand étonnement de tous les Sénégalais et de l'opposition qui n'arrête pas de crier à la fraude, et il n'y a rien eu. Et pour bien montrer au peuple qui est le patron, au moment où il se plaint de la cherté de la vie, Wade a décidé d'augmenter le prix de l'électricité, tout en diminuant dans le même temps les salaires des fonctionnaires. Qui dit mieux ? Enfin, cerise sur le gâteau, il a mis trois journalistes qui le critiquaient un peu trop en prison. Que s'est-il passé au Sénégal ? Rien du tout. Et que se passera-t-il demain au Sénégal ? Toujours rien du tout. Comme rien du tout ne se passera en Côte d'Ivoire quand en 2009 on sera encore au pouvoir et qu'on mettra qui on voudra en prison.
Venance Konan in Le Nouveau Réveil - 5 novembre 2007
venancekonan@yahoo.fr
(1) Le titre est de la rédaction
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