jeudi, 27 mars 2008
Affaire de plantation
| Au moment où l'ouest ivoirien s'est à nouveau tristement illustré, en ville, la bataille des clochers est de retour, dans un contexte où les prix flambent et le quotidien devient "caillou". Le ministre des finances tient bon et rentre d'une tournée française dont l'axe principal reposait sur le retour des investisseurs en terre d'eburnie. Pourvu que le prix de l'essence ne grimpe pas... Au sortir d'un long week-end de paquinou, de son côté l'inépuisable venance konan, livrait sa dernière production plantesque. |
| mercredi 26 mars 2008 |
| G |
bagbo Laurent le clame sur tous les toits : il veut aller vite aux élections. Parce qu`il est fils d`élection, étant arrivé au pouvoir grâce aux élections, contrairement aux héritiers et aux putschistes, parce qu`il sait qu`il va gagner, vu son très glorieux bilan, et parce qu`il veut avoir un gouvernement homogène pour s`attaquer aux problèmes de développement. Gbagbo veut donc aller au plus vite aux élections. Et s`il n`y en a pas encore eu depuis 2005, ce n`est pas de sa faute, mais celle de ses adversaires qui auraient peur des élections et passeraient le plus clair de leur temps à fomenter des complots avec IB et la France. Et bien entendu, notre opposition croit en la parole de Gbagbo et attend sagement que ce dernier se décide à organiser ces fameuses élections qu`elle est convaincue de remporter. Peut-on nous dire pourquoi ces élections n`ont toujours pas eu lieu ? Elles auraient dû avoir lieu en octobre 2005. C`est ce que la Constitution prévoit. L`accord de Linas Marcoussis le prévoyait aussi. De 2003 à 2005, le premier ministre Seydou Diarra devait nous conduire à des élections. Mais M. Gbagbo et sa clique ont torpillé consciencieusement cet accord et saboté toutes les actions qui devaient être menées pour que l`on ait des élections propres. Et nous sommes arrivés à la fin de 2005 sans élection. C`était la première victoire de Gbagbo. L`opposition n`y avait absolument rien compris. Et tout le monde a accepté que les élections soient reportées en 2006 parce que le pays était toujours coupé en deux. Et M. Gbagbo a gagné une année de plus au pouvoir. Personne ne s`était demandé qui était responsable de la coupure du pays en deux. La Constitution dit pourtant que le chef de l`Etat est garant de l`intégrité du territoire national. Ce qui signifie que si cette intégrité est atteinte, le chef de l`Etat doit rendre compte. Mais Gbagbo a dit que tant que les rebelles ne quitteront pas les zones qu`ils occupent, il n`organisera point d`élection. C`est comme si un homme qui possède une plantation engage quelqu`un pour la surveiller pendant un an, le contrat étant renouvelable. Cette personne réclame de l`argent, des manœuvres, des machettes, un fusil. Le propriétaire les lui donne. Puis, six mois après, des bandits arrivent et occupent une partie de la plantation. Le gardien de la plantation vient réclamer au propriétaire plus de moyens pour chasser les bandits. Le propriétaire s`exécute et lui donne encore des hommes, des fusils, des machettes. Pendant six mois, le gardien n`arrive pas à chasser les bandits. Lorsque le propriétaire lui dit que son contrat d`un an a expiré et qu`il veut un autre gardien plus compétent, le premier gardien lui dit qu`il ne bougera pas de la plantation tant que les bandits n`en seront pas délogés. Et puis finalement le gardien va signer un deal avec le chef des bandits et ils se partagent la plantation. La plantation, c`est bien sûr la Côte d`Ivoire et le propriétaire, les Ivoiriens. Aucun des leaders de l`opposition, dont l`un fut chef de l`Etat et l`autre premier ministre, n`a eu la présence d`esprit d`expliquer à M. Gbagbo qu`il était le responsable de la crise et de l`échec de l`accord de Linas Marcoussis que personne n`avait signé sous la menace d`un pistolet, et que par conséquent il n`était pas question de lui accorder une prolongation de mandat. M. Gbagbo a ainsi pris notre pays en otage avec la complicité de notre opposition, et ne veut plus nous le rendre. En 2006, M. Gbagbo a tout fait pour empêcher le premier ministre Banny de réussir sa mission, et nous en avons tous été témoin. M. Banny avait, lui, commis l`erreur de faire confiance à M. Gbagbo et de se défier de l`opposition, ce en quoi il n`avait pas eu totalement tort, vu l`inertie de cette opposition. A la fin de 2006, au moment où une nouvelle résolution de l`ONU disait à M. Gbagbo qu`elle l`autorisait à entamer une nouvelle et dernière transition, tout en renforçant les pouvoirs du premier ministre, M. Gbagbo a sorti de son chapeau l`accord de paix de Ouagadougou. Il a ainsi obtenu de renvoyer le premier ministre Banny, d`ignorer la résolution de l`ONU et de nommer Guillaume Soro à qui il ne donnera aucun pouvoir. L`opposition, comme à son habitude, n`a absolument rien dit et a suivi MM Gbagbo et Soro à Ouagadougou. Là-bas, on lui a dit de se tenir tranquille, en échange de quoi, elle aura deux postes de président d`institution, et la possibilité de se faire offrir de temps à autre des voyages et des séjours gratuits dans de grands hôtels à Ouagadougou. Et elle s`est tenue tranquille comme on le lui avait demandé. Et pendant une année, on nous a chanté sur tous les tons, les qualités de l`accord de Ouagadougou. Il était le plus beau, le plus cohérent, le plus fort, le plus génial, parce qu`il avait été négocié directement entre les principaux protagonistes. Tout le monde se devait de trouver des qualités à cet accord, sous peine de passer pour un ennemi de la patrie. L`opposition a été la première à le louer. Avec toutefois un petit bémol de la part de Bédié. Mais il a suffi que Sidiki Konaté rougisse ses yeux pour que M. Bédié la boucle. Cet accord devait nous conduire aux élections à la fin de l`année 2007 ou au plus tard au premier trimestre 2008. Nous sommes à la fin du premier trimestre 2008. Entre-temps, on a signé un accord dit complémentaire qui a fixé les élections au mois de juin 2008. Et personne n`y a trouvé à redire. Juin, c`est dans trois mois. Qui croit encore que ces élections auront lieu en juin prochain ? On nous a expliqué que l`opérateur technique dit qu`il lui faudra huit mois pour boucler l`établissement des listes électorales et la délivrance des cartes d`électeurs. Cet opérateur technique ne s`est pas encore mis au travail. Et apparemment tout est mis en oeuvre pour qu`il ne se mette pas au travail de si tôt. Mais en supposant qu`il le fasse aujourd`hui, cela nous amène au mois de novembre, au plus tôt. Disons en clair que M. Gbagbo vient de gagner encore l`année 2008 en rab. Bien entendu, notre opposition n`a rien à dire. Elle attend sagement que M. Gbagbo veuille bien organiser ces fameuses élections qu`elle doit gagner. Parce qu`elle a les plus beaux leaders, les plus forts, les plus intelligents, et sa stratégie de l`inertie et de la bouche cousue devant tous les problèmes que rencontrent les Ivoiriens est la meilleure pour gagner des élections. Que faut-il dire encore à notre peuple pour qu`il comprenne qu`on le mène en bateau, et qu`il n`y aura pas d`élection cette année, ni l`année prochaine, s`il continue à attendre le bon vouloir de MM Gbagbo et Soro ? Que faut-il lui dire pour qu`il comprenne que son opposition, sous l`effet de sa sclérose et son manque d`ambition, est en train de le trahir. Pourquoi s`obstine-t-on à croire que MM Gbagbo et Soro organiseront des élections ? M. Gbagbo n`a jamais eu autant de pouvoir que depuis l`accord de Ouagadougou. Il n`y a même plus d`Assemblée nationale pour voter des lois ou pour contrôler ce qu`il fait. Il dispose de l`argent du pétrole, du cacao, comme il veut. Il construit des palais farfelus à Yamoussoukro sans que personne ne parle, il s`octroie des fonds de souveraineté à sa guise, et tout le monde autour de lui, (y compris les ministres de la soi-disant opposition), se sert copieusement dans les caisses de l`Etat pour s`offrir des voitures de grand luxe, des maîtresses et des palais. Pourquoi M. Gbagbo prendrait-il le risque d`organiser des élections qu`il risquerait de perdre, alors que personne ne l`oblige à le faire ? M. Gbagbo sait très bien quel est son bilan à la tête du pays et dans quelles conditions il est arrivé au pouvoir. Il sait très bien que si MM Bédié et Ouattara n`avaient pas été disqualifiés par Guéï, et si ce dernier n`avait pas été un idiot, il ne serait jamais arrivé au pouvoir. S`il va passer des fêtes de pâques à gauche et à droite, c`est bien pour tenter de conquérir un électorat qu`il sait ne lui être pas acquis d`avance. Qu`il soit entendu une bonne fois pour toutes que le jour où M. Gbagbo organisera des élections, cela voudra dire que tout a été mis en œuvre pour qu`il gagne sans coup férir, et au premier tour. Seule l`opposition croit encore à un second tour où, selon elle, elle s`unira pour battre M. Gbagbo. Qu`elle continue de rêver. Elle ne sait faire que cela. Et pourquoi M. Soro de son côté se dépêcherait-il d`organiser des élections ? Que deviendrait-il après des élections ? Il a dit dans une interview à Jeune Afrique qu`il était pressé d`être au lendemain des élections pour nous dévoiler ses ambitions pour nous. En clair, il veut être notre prochain président. Evidemment, avec l`opposition et le peuple que nous avons, il est bien capable de le devenir, après toutes les destructions et tous les morts qu`il a semés dans notre pays et après avoir été le premier ministre calamiteux qu`il est en ce moment. Mais en attendant, pour réaliser ce rêve, il lui faut bien engranger beaucoup d`argent. Où, dans notre pays, gagne-t-on beaucoup d`argent si ce n`est en restant longtemps au pouvoir ? Pourquoi voulez-vous que M. Soro renonce à ses confortables fonds de souveraineté et à tout ce qu`il a pillé dans les banques et dans le nord du pays en organisant des élections ? Continuons de rêver. Et M. Gbagbo sera encore au pouvoir dans les quinze prochaines années.
Venance Konan,
journaliste indépendant
venancekonan@yahoo.fr
Le titre est de la rédaction.
07:35 Publié dans Médias du Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : venance konan, ouest ivoirien, abidjan, politique













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