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jeudi, 05 juin 2008
pouvoirs médiatiques
« On ne fait pas du bon journalisme en étant partisan ».
La Commission Electorale Indépendante (CEI) a annoncé le 30 novembre 2008 pour la tenue de la prochaine élection présidentielle. Un code de bonne conduite a été signé par les partis politiques représentatifs de Côte d’Ivoire.
A l’occasion du Press-club spécial organisé le 27 mai dernier par l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire et le Ministère de la Communication, en marge du Forum National des Médias portant sur « la mission des médias en période électorale », le journaliste et enseignant Ibrahim Koné, ancien secrétaire général du régulateur audiovisuel ivoirien (CNCA), a livré une tirade dont il a le secret. Sans langue de bois et avec expérience. Tout est dit et bien dit.
Jugez-en par vous-même.Thème : l’information en période électorale : engagement des politiques et des journalistes.
Le thème qui nous est soumis comporte, des ‘‘ingrédients’’ à la fois riches et variés. Ce que l’ont peut affirmer d’entrée de jeu, c’est que tous ceux qui prennent part au ‘‘jeu médiatique’’, portent une responsabilité dans sa réussite ou dans son échec.
Désormais, chacun sait que les médias, parce qu’ils nous informent et contribuent à la formation de l’opinion publique font partie intégrante de la définition moderne de la démocratie.
Désormais chacun sait que c’est dans les colonnes des Journaux, sur les antennes de radios et surtout de Télévision que se déroule la vie politique, plutôt que dans les assemblées des parlements, ou les cénacles du militantisme partisan, pour le meilleur et pour le pire.
C’est dire que les médias sont fondamentaux dans une démocratie vieille ou naissante, même si le rôle qu’ils remplissent n’est pas toujours à la mesure de l’enjeu.
Il est juste de reconnaître que de « dérapage » en « dérive » les médias se décrédibilisent aux yeux des ivoiriens. Ceux-ci leur reprochent leur manque d’indépendance, leur goût du superficiel et du sensationnalisme, leurs erreurs professionnelles. C’est assez pour que le traitement, de l’information en période électorale, période sensible s’il en est de nos jours, constitue une préoccupation majeure pour tous. Pourquoi faut-il des médias libres pour des élections libres ?
De nombreuses enquêtes font apparaître notamment à l’occasion des campagnes électorales que c’est à travers leur communication dans les médias que les citoyens se font, une idée des enjeux de la vie politique, des problèmes sur lesquels des oppositions politiques fondamentales se manifestent, des thèmes autour desquels s’organisent les compétitions électorales.
La presse est ainsi appelée à jouer un rôle permanent de médiation entre le système politique et l’ensemble des citoyens.
Au demeurant et sur cette base l’exploitation des médias ; tant en période normale qu’en période électorale, ne saurait être réservée uniquement à la satisfaction de quelques-uns uns.
Le rôle permanent de médiation des médias est fondamental parce que : à bien des égards, les efforts des partis politiques sont vains, lorsqu’ils ne parviennent pas à faire « passer » leurs thèmes de propagande auprès de la masse des électeurs. C’est le lieu de souligner que les partis politiques nous habitués à des porte-parole de faible capacité et n’ayant pas le physique de l’emploi. Toutes choses qui ont rendu leur message électoral, insipide et ennuyeux.
Le débat électoral ne peut être porteur et mobilisateur que si les porte-parole sont dignes d’intérêt. Il se trouve que c’est rarement le cas.
Il ne faut pas s’y tromper ; rendez-vous électoral est l’occasion pour le citoyen de repérer ce que sont les ‘‘points chauds’’ du débat politique.
Et c’est bien en fonction de ces ‘‘points chauds’’ et des positions prises à leur égard par les différentes forces politiques, que les citoyens arrêteront finalement leur comportement politique.
On le voit bien, la communication politique moderne tend ainsi à confier aux médias un rôle essentiel dans la sélection des enjeux autour desquels doit tourner le débat de la société politique. C’est pourquoi la presse donne de plus en plus le ton de la vie politique. Elle lui assure son rythme, elle en ponctue les moments clés. Les grandes émissions, les grands débats radiodiffusés ou télévisés notamment, constituent désormais les « temps forts » de la vie politique et des campagnes électorales.
En cette période sensible que peut –on attendre de notre presse ?
Primo ; un meilleur reflet de notre pluralisme démocratique. On peut reproche beaucoup de choses à un journaliste, mais on ne lui pardonnera pas de manquer à son devoir d’exactitude, d’enfreindre la règle du pluralisme quel que soit l’organe d’information où il exerce ses talents. Le pluralisme s’apprécie à plusieurs niveaux :
- dans la succession des informations diffusées où la pluralité des opinions doit être représentée le plus équitablement possible ;
- dans la présentation individuelle de chaque événement, où les principales composantes doivent apparaître ;
Secondo : le parti pris de neutralité Nous savons que le concept de neutralité dans les médias ne fait pas l’unicité. Le terme lui-même est contre versé. Un journaliste neutre n’existe pas, dit-on souvent. Pour autant, si le journaliste ne veut pas être confondu avec l’argent de propagande ou le publicitaire, il n’a d’autre choix que de traiter l’information avec un maximum de neutralité. Pour ce faire; il faut informer sans commenter.
Le commentaire ne ressort pas de la mission du journaliste ; puisqu’il ajouté une opinion à un fait donné. Le commentaire procède d’une idée ; émane d’un corpus de valeurs ; résulte d’un schéma de pensée, qui est de l’ordre du témoignage et non des faits.
Il faut donc éviter de priver le public de sa liberté de jugement. Il est certain que la neutralité exige de tout journaliste qu’il fasse taire ses convictions personnelles, ses propres sentiments, pour exposer les faits dans leur intégralité. D’une manière générale, des expressions telles que :
- M. X a fait un faux pas……
- M. Y a prouvé une fois de plus qu’il est le meilleur candidat par sa stupéfiante intelligence, ou Mme Z a commis une lourde faute en prenant telle décision……..
Constituent des expressions qui nuisent à la qualité du travail journalistique et donc à la crédibilité de leurs rédacteurs.
Enfin tertio : Du souci de la transparence au respect de la vie privée
Sur ce réseau les radios, demeurent en règle générale sur une plus grande réserve.
Généralement, l’on estime qu’à partir moment où les aspects favorables de la vie privée sont évoqués, au nom de quoi des « zones d’ombres » ou des périodes ambiguës devraient-elles être occultées ? Pour certains l’évocation de la vie privée est dangereuse car on ne sait jusqu’ou elle peut mener et à quelle dérive elle peut aboutir. Pour d’autres, l’homme public ne peut être détaché de l’homme privé, parce qu’il est porteur de valeurs qui l’engagent personnellement et publiquement. Le débat d’idées s’en trouve brouillé.
Force est de reconnaître que la déontologie et l’éthique passent pour être le cadet des soucis du journaliste ivoirienne. Notre presse abondante, sous le masque de la modernité joyeuse, grimace en fait une forme de régression morale.
Du coup, elle est demeurée incapable de faire naître en nous, des raisons d’espérer.
Plus que jamais, en ces heures sensibles qui s’annoncent, elle doit plus que par le passé, faire montre de responsabilité, de civisme vrai, en tournant le dos aux dérives ponctuelles, aux dérapages calculés, qui l’affaiblissent et qui lui font perdre chaque jour un peu plus sa légitimité. Qu’on se dise :
On ne fait pas du bon journalisme en étant partisan.
On devient et on demeure bon journaliste en étant indépendant dans le traitement de l’information.
Je suis de ceux, et ils sont nombreux qui pensent que rien n’est indispensable à la presse que l’indépendance.
- indépendance du journaliste
- indépendance du régulateur.
En définitive ce qui est un jeu, ce qui est mis en doute, c’est l’honnêteté et l’indépendance de l’activité journalistique la capacité à produire une information sérieuse pour le public, en résistant aux pressions du pouvoir et de l’argent.
Le mal ne vient d’un manque de dons ou de qualités individuelles, mais bien du fonctionnement d’un système. C’est de cela qu’il s'agit : non de la faillite d’une profession, mais de la dérive progressive d’un système d’information.
Il nous revient d’y remédier avec rigueur et ferveur afin que partis politiques et journalistes puissent jouer leur partition dans les prochaines élections. Le public attend et nous observe, lui qui a sûrement des leçons de journalisme vrai a nous donner.
Je vous remercie
KONE Ibrahim10:25 Publié dans Médias du Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Côte d'Ivoire, UNJCI, Ibrahim Koné, Ministère de la communication, Forum des médias, élections














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