jeudi, 12 mars 2009

Factice et companie

Si vous avez râté l'actualité ivoirienne, voici un petit résumé, un peu cynique mais ne dit-on pas que d'un mal naît un bien?

"Si tu as décidé de marcher la tête à l'envers, n'aies pas peur de te salir les cheveux". Adage africain par excellence. Sans aucun doute le credo qui caractérise actuellement la situation en Côte d'Ivoire, trop souvent centrée sur sa "poubelle des lagunes" comme le consacre l'expression populaire. A tel point que 11 des ministres du "gouvernement", issu des accords successifs (combien déjà ?) ont vu leurs salaires suspendus en raison d'une certaine inertie constatée dans un enième comité interministériel sur la salubrité. Aujourd'hui le président Gbagbo lancera avec le trés culturel ministre de l'insalubrité nationale une opération "Abidjan ville prore" d'une durée de 3 mois. Une de plus. On évitera de poser la question de savoir sous quel tapis les déchets et autres immondices seront câchés, sous quelle juridiction leur administration sera légitimée et si une quelconque solution sera trouvée sur leur génèse, leur collecte et leur recyclage, véritable source de "greentech jobs" mais restons courtois.

Abidjan sera donc propre bientôt. Puisque c'est la mode d'y faire le ménage. D'autres opérations "mains propres" sont en cours avec plus ou moins de bonheurs et de crédibilité. Au départ fût le café-cacao, où les acteurs sont à la MACA, une enceinte nationale qui regorge de coupables non jugés ou d'innocents placardisés on ne sait plus. On y trouve même des évadés...un journaliste français ayant fomenté un coup d'état sur daily motion...etc etc..Ensuite ce fût l'administration, le premier pluis le second cercle, et vint l'économie privée avec le record du monde de la rapidité de la justice. 5 jours. Il aura fallu 5 jours pour explusé le DG de MTN qui s'était rendu coupable de reconduire des habitudes avec plus ou moins d'imprudence et qui pour un ou deux zéros de moins que les affaires des rentes nationales (café-cacao, trafic sur le riz, le coton dans le Nord etc) aura quitté le pays sans même avoir été cité à comparaître en qualité de témoin. Vraiment...!

Les accords se suivent, les désaccords subsistent.

APE ou APO ? Le dialogue direct était finalement la bonne solution. Il fallait se parler "entre ivoiriens" d'un mal "ivoiro-ivoirien" et les blancs n'avaient finalement rien à faire là-dedans, juste continuer à subir le bouc émissariat et répondre aux mains-tendues. Alors on s'est retrouvé à Ouaga et on s'est parlé, et on s'est dit que finalement l'enemi d'hier devait devenir le médiateur (administrateur ?) d'aujourd'hui. Que la récréation était terminée et que la paix devait revenir à la mode. On a changé d'habit, refait les discours, engagé une amnésie collective, car il n'y a jamais eu de problème et que tout le monde était gentil. Les APE ont été signés, une fois les APO....négociés. Les dates n'avaient plus d'importance. Les caravanes sont repartis à l'intérieur du pays. Les tournées politiques ont repris de plus belle. On refait des routes. Les budgets de souveraineté sont repartis à flots (la règle des 70/30 aussi). Les médias se sont endormis. Les problèmes ont été mis de côté. Et il y a eut de trés grandes avancées....la ligne de confiance a été supprimée et les licornes partent. Les kalaches ont servit aux coupeurs de route (ah oui il n'ya plus officiellement d'armes légères en circulation ni au Sud ni au Nord et surtout pas à l'Ouest). La classe politique à applaudit des deux mains. Le bicéphalisme arrageant s'est installé au sommet de l'état. Le président fêtera bientôt ses deux mandats d'une durée de 15 ans. L'assemblée nationale est toujours brûlante d'actualité. L'opposition parle d'une même voix mais on ne sait plus sur quoi déjà. Les jeunes ont 45 ans en politique ou dans les villages. Les cadres 60 ans et les doyens toujours 75 ans. A l'image de la sociologie ivoirienne donc où 50% de la population à moins de 35 ans. En 2009 il n'y aura pas d'élection. Mais il y a la paix et la ville sera propre. En 2010 le PR sera le PR. Le PM sera le PM. En 2015 charles et guillaume se présenteront. En attendant l'unicité des caisses de l'état est un rêve. Les com zones continuent à gérer les subsides de leurs administrés, stations d'essence, racket routier, vivriers etc. 20 morts tout de même la semaine dernière dans l'Ouest, 2 cités dans la presse abidjnaise. Le désarmement n'aura pas lieu car il est le dernier joker des ex-rebelles dont on se demande qui contrôle qui et qui parle au nom de qui !

L'économie pourtant se débat et c'est bien la seule. Dans un état de non-droit où la corruption règne désormais au côté de l'impunité, dans un état papier où les taxes pompent l'économie privée et continuent à payer les fonctionnaires et l'armée (745 millions FCFA soit autant que le scandale du café-cacao), il faut un sacré courage où une belle folie, c'est selon, pour continuer à entreprendre. La côte d'ivoire est devenu un pays pauvre qui actionne les mécanismes d'annulation de dettes. 300 000 emplois privés à Abidjan. Un habitant sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté. Et l'on continue de se comparer au Togo...alors que les pays émergents sont les seuls à afficher une croissance à deux chiffres...C'est quelle combinaison ?

Et pendant ce temps-la...

La classe politique continue à donner des leçons et à faire vendre des journaux. L'argent est le sujet de discussion principal. La justice semble se chercher. Les contrôles de polices se multiplient avec leur lot d'incivilité et de racket bon marché. Tout est bon. Les routes se fissurent, la fronde sociale prend de l'ampleur, l'éducation n'existe plus, elle est en grêve. La CFA Academy est plus que jamais présente : regarder le malin de lé petit là ! Les nouveaux riches jouent aux riches avec le gaoutisme qu'on leur connaît. Les riches se cachent et piaffent. Les pauvres s'unissent et grandissent, la pyramide s'inverse. Palabres et palabres autour de questions essentielles...Qui sera le chef...Quand y aurat-'il des élections ? Quand la France de Sarko et la Côte d'Ivoire de Gbagbo se demanderont-elles pardon ? Avant que Carla ait adopté un petit africain ou à l'approche d'un prochain discours ?

Qu'a-t'on finalement appris de cette crise qui dure et donc qui arrange ? Qu'est devenue la Côte d'Ivoire sinon un sujet à plaisanterie qui enchaîne les mauvais records? Mais au fait...pour quoi faire ? Pour quel projet ?

Et pourtant...quelle résistance...pour tenir encore debout il semble que les fondations étaient solides. Nuls ne peut prétendre ensuite avoir fait avancer quoique ce soit si ce n'est d'avoir jouer les apprentis sorciers en déplaçant les pions sur l'échiquier. Echec et mat ? Pas si sûr. Si le gâteau a été redistribué, et si la culture est devenue individuelle et financière dans la course au "dépêchons-nous ce qui est pris est pris", le pouvoir de faire reste entier. La nature a horreur du vide et la conscience populaire finit toujours par l'emporter. Qui aurait prévu les schémas de Madagascar ?

La politique ce n'est pas l'économie c'est un projet de société. La planche a billet n'est pas la création de valeur. La compétence n'est pas l'arrangement. L'idéologie ce n'est pas la propagande et le populisme c'est une vision partagée. L'état de droit n'est pas un rêve c'est une nécessité. Le reste n'est que bavardage amnésique et médiocrité. Quand l'ostentatoire est la réponse à la pauvreté cela porte un nom.

La côte d'Ivoire est devenu un cartel autoadministré où chacun se tient et se cherche. L'inertie est son modèle. La gapgie est sa truelle. Le mur des lamentations...Le tout argent semble y règner déclenchant sont lot de jalousie, hyprocrisie, de claneries. La majorité silencieuse est fidèle à sa réputation "Mais que peut-on y faire c'est comme ça?" est devenue une phrase courante et apaisante pour les consciences qui consomment.

Mais qu'en est-il pour celles qui produisent ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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