jeudi, 27 octobre 2011
Réalisme ivoirien
Le temps médiatique n'est pas le temps politique, encore moins le temps civile et démocratique.
La Côte d'Ivoire va mieux.
Rien de comparable avec ces funestes temps mafieux et fascistes du début de l'année 2011.
Si la "République des mauvaises fois" demeure, la capitale renoue avec la propreté.
Quelques chantiers percent les bords de la lagunes.
Les embouteillages, désormais aléatoires et encombrés de sirènes, ont repris leurs quartiers.
Le racket des barrages routiers laissant la place à des débuts, certes timides, de racket policier aux grands carrefours, mais avec des tenues neuves et le sourire !
Yamoussokro pendant ce temps attends une route et pas une invitation à la mort.
Oui, tout va mieux. Il n'en demeure pas moins que faire mieux n'est pas l'objectif.
L'ambition doit être de faire ce qu'il faut en se fixant un cap et en se donnant les moyens.
Le diagnostic est connu. Bien loin des chartes gouvernementales et séminaire de bilan des 100 jours ou l'écart entre l'intention et la réalité est criant et palpable et invite à la moquerie.
Tout ça pour ça ?
Quand on croise un ministre (certains) on ne sait plus quoi dire : Monsieur le Ministre ou Monsieur le PDG...36 ministres au gouvernement, certes dans une phase de remerciements de campagne, la politique à ses passages obligés. Mais dans ce contexte, c'est six mois de perdu sur les vrais leviers, car le compte à rebours lui est bien lancé. Des exceptions notables existent, en général ce sont les Ministres qu'on ne voit pas dans la lumière. Trop occupés à travailler et à remettre en état la "chose publique" avec aucuns moyens. Car l'argent n'est pas là. Les promesses et les annonces sont les arbres qui cachent la forêt.
Les mauvaises habitudes demeurent et polluent les vrais serviteurs de l'état, ceux de l'intérêt général. Il ne suffit pas de changer l'enseigne pour que la boutique tourne sur de (bonnes) nouvelles bases.
Le Président Houphouet Boigny faisait simple : une vision et deux axes stratégiques :
- la compétence
- la diversité
Loin des "c'est pour nous maintenant", l'économie n'attend pas les nominations, les audits rapidement vendus, les copinages de "ceux qui en sont" et les cv de "ceux qui veulent en être".
La crise étant finit, les héros sortent de leur cachette en criant "j'y étais" et en revenant discrètement au Pays avant qu'on ne remarque leur absence. Le vent du changement laisse place à un profond doute. Si le challenge et l'ampleur de la tâche sont énormes, la responsabilité l'est tout autant.
Ce n'est pas une histoire ou une excuse de campagne, d'ethnie ou de camps politiques.
Les prochaines élections législatives ne feront que mettre en lumière les divisions internes face à la course aux territoires et potentats. La CFA Académie est de retour. Qui veut gagner des millions ?
Certainement pas les entreprises et les employés, certainement pas les chômeurs.
Après plus de six mois de CPE (Crise Post Electorale) les annonces se multiplient à grand renfort de milliards de FCFA. Si les préalables des grands bailleurs sont connus (Sécurité ET élections législatives) il n'en demeure pas moins que l'économie réelle répond à des variables bien connues.
L'absence de données sectorielles et conjoncturelles fiables et récurrentes n'aidant pas à analyser les fondamentaux économiques en terme de reprise, de relance, de réhabilitation ou de création.
Les mathématiques et le bon sens demeurant les seuls réflexes à avoir.
Prévoir que le taux de croissance du PIB oscillera de -8% à -5% relève alors de la baguette magique. Le reste n'étant qu'un mélange de communication politique et économique très éloigné des réalités quotidiennes. Il suffit de lire la structure du PIB ivoirien et la structuration de son économie pour comprendre qu'avec 5000 entreprises dites modernes (CNPS, Impôt) et un taux de chômage en hausse (50%?), un taux de bancarisation de 7% et donc une économie informelle à plus de 70%, seuls les secteurs des commodities et des infrastructures ont repris. (café, cacao, pétrole, port, construction, etc). On y ajoute les télécoms et les services bancaires (dans un sens seulement).
L'économie réelle qui fait la croissance n'a pas repris, il faut rester honnête.
Le secteur privé est en berne, la croissance se fait par les PME PMI.
Le dernier baromètre (et le premier) réalisé par une chambre de commerce de la place est un non sens en la matière.
L'économie a besoin de réalisme et de vision. La relance ne peut ignorer cela.
Les fondamentaux son connus : visibilité, modèle économique, accès à un marché viable, différentiation concurrentielle, accès au financement de la croissance, bonne gestion (gestion tout court), différentiation concurrentielle, ressources humaines de qualité, environnement normal (le doing business 2012 est évocateur à plus d'un titre). L'état doit montrer également l'exemple.
Les mauvaises habitudes doivent cesser. Faire et dire sans politique de la main tendue mais en créant l'ambiance propice à fédérer les bonnes énergies et les engagements crédibles sources de création de valeur et donc d'emploi.
Si la société civile sénégalaise à bien des raisons de donner des leçons à l'arrogance ivoirienne (Il suffit de se rendre à Dakar ou à Accra pour constater le retard abyssal que la Côte d'Ivoire à pris en dix ans), la capitale ivoirienne se doit de renouer avec la devise nationale : unité, discipline et travail.
Seule une génération d'entrepreneur et de manager d'administrations publiques et une accélération sur la formation des talents ivoiriens peut permettre à son économie de se redresser et de se comparer aux meilleures, car la globalisation, c'est avant tout ne plus raisonner avec des frontières et ne plus se replier sur un quelconque ego nostalgique mais se comparer à des critères objectifs et internationaux.
Le Cap Vert n'a pas de café ni de Cacao, il est le grand gagnant du classement Mo Ibrahim 2011.
Le Maroc rejoint les pays émergents ou next eleven du Continent (Afrique du Sud, Nigeria et Egypte).
Dakar devient la capitale TIC de l'Afrique de l'Ouest, Yaoundé celle du développement durable.
Cette gestion des talents s'applique à l'état puis à la nation dans tout ses dénombrements socio-culturels.
"Les perdants cherchent des excuses, les gagnants cherchent des solutions" Théodore Roosevelt.
A chacun son Softpower...
Niamkey DLA
19:20 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







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