samedi, 05 juillet 2008
Sarkoland
Le président SARKOZY est en direct sur les antennes européennes.
En direct du siège de l'UMP..bon, passons cet enième mélange des genres. Aprés sa victoire médiatique accompagnant la libération d'Ingrid BETANCOURT, qui a donné une leçon de sagesse et d'humilité au monde entier, rappellant au passage que le président CHIRAC et le ministre des affaires étrangères De Villepin avaient joué un rôle durant ces 7 dernières années.
Il n'a pû s'empêcher. Il l'a dit, faisant le jeu de Ségolène Royale. "Aprés les infirmières bulgares, Ingrid BETANCOURT.." Ravivant certainement l'idée gauloise et gaullienne, mais davantage celle des lumières, des droits de l'homme que le pays FRANCE incarne, ou incarnait. Mais que les choses soient claires. Il y a récupération et passé la tendance actuelle et la dignité de rigueur et le plaisir de cette libération, il y a le fond qui résiste à l'hypercommunication. Quel objectif poursuit ce président avide de médias quand il dit et fait son contraire en associant une victoire qui n'est pas la sienne à une mobilisation qui a dépassé les citoyens français ? Cette prise d'hotage médiatique est indigne tout comme celle des infirmières bulgares qui a agacé les anglais et les allemands tout comme cette invitation syrienne le jour du 14 juillet, tout comme, tout comme. Il y a des instants et des symboles qui existent depuis des siècles. Ce n'est pas en s'imposant comme un vendeur de voiture allemande et un remueur de tort que 500 millions d'européens vont être séduit par une classe politique qui n'a d'avenir que le sien. Aucun concept, aucune vision. Un mélange d'incantation et de discussion de comptoir, vous mélangez le tout et vous l'afficher haut et fort. Voila la stratégie du président de SARKOLAND. Que représente ce élu à 52% pour les 36% qui l'estime encore et donc les 64% qui sont déçu?
Si le dynamisme est toujours de rigueur, est-ce que ces excès de forme de "moi-jeisme" va faire école au sein de l'Union Européenne (dont il vient d'annoncer une présidence à 3 avec la tchekie et la suède pour les 18 mois qui vienne). Prise et épris de pouvoir...il avance et étend son rayon tel un petit napoléon. Présidence du conseil de sécurité des Nations Unies, OTAN, présidence de l'UE pour 18 mois...libérateur du monde ?!
Le SARKOLAND est planté.
A suivre...
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mardi, 01 juillet 2008
Courrier libéré d'un lecteur à libé
Le regard de michel aveline, fin connaisseur et éternel voyageur du Continent africain, producteur et réalisateur audiovisuel, qui a récemment consacré son travail à des reportages et des documentaires sur les "filières" de l'esclavage et de la prostitution infantine entre le Nigéria et le Togo, nous livre son courrier des lecteurs adressé au journal Libération (Libé) à l'occasion d'un cahier (supplémen) culturel sur le festival d'Aix, festival qui tente de résisté à la prout-prout attitude, et dont le quotidien français dépend à la sauce cliché et sans saveur, un des spectacles qui s'y est tenu et qui parle de l'esclavage.
Séquence coup de gueule.
A l’attention de Béatrice Valleyes (copie à Thomas Hofnung)
A propos du Cahier spécial Festival d'Aix
J’ai hésité entre l’ironie agacée, le mépris dédaigneux, et une franche mauvaise humeur avec un zeste de mauvaise foi car somme toute "Libé" est bien mon quotidien du matin. Je ne peux guère l’éviter longtemps qui plus est une veille de week end!
Belle Une du “cahier spécial Festival d’Aix”. Une belle typo, un joli cadrage, une photo chargée de sens, un vœu magique “Pour en finir avec l’Esclavage”. Un pavé, essentiel, nous propose de revisiter le poncif inusable de la tradition et de la modernité: l’obscure “Zaïde” de Wolfgang sonnerait le glas d’un fléau toujours contemporain, l'esclavage. Peter Sellers accroché aux basques de Mozart en pourfendeur de la traite a effectivement quelque chose d’épique et je ne mets pas en cause le créateur. Mais il y a un malaise, un truc qui cloche. Ce cahier est “so chic” avec de beaux annonceurs culturels. Il aurait des allures de dossiers de presse de la belle époque!
Un bel habillage où les relations publiques du Festival auraient réussi cette alchimie qui consiste à marier la carpe et le lapin, l’invraisemblable et l’impossible, la fiction et la réalité.
Un mauvais esprit y verrait même un stratagème et une supercherie!! Un colloque à Sciences Po’ en matinée pour alerter quelques neurones et une belle soirée à l’Archevêché pour adoucir les mœurs! Et rendez vous “après”, place d’Albertas avant de souper aux 2 G!
Il ne manquerait que la météo du Festival!
La relecture du beau travail de Kevin Bales de Free the Slaves n’absout pas “Libé” de son regard conventionnel, de ses références convenues. La doc et l’info que vous nous servez “datent” terriblement comme des exemples éculés parce que l’actualité de cette question évolue à la vitesse du cours du pétrole ou encore à celui du sac de riz.
Votre carte, exercice difficile j’en conviens, aseptise votre démonstration. Esclavage, Exploitation, Servitude, les “trois mamelles”, sont des classifications de bon aloi universitaire. Ces “états” sont tous les trois liés, étroitement mêlés dans le temps comme dans l’espace africain et applicables aux zones que vous pointez. Le sud du Togo ne souffre pas à la même vitesse que son nord. Et d’Est en Ouest le Nigéria est si étranger à lui même. La question ne se pose pas de la même manière dans les faubourgs de Bamako ou dans les confins de Chingueti.
Et puis il faudrait cesser d’entonner le refrain connu de la “tradition”, de la “coutume” et de l’assaisonner à toutes les sauces touareg ou tamachek, fon ou haoussa: il est partout question de pauvreté, il est toujours question d’argent. Aujourd’hui, mi 2008, il n’est question que d’argent. Les élites, du village africain au gouvernement éclairé, les familles comme les victimes, toutes sont complices du silence, toutes travestissent la réalité et contournent la légalité.
Les étrangers, occidentaux faut il le préciser le plus souvent, ces “toubabs”, “nassaras”, “yovos”ou “moundélés” selon les lattitudes, individus ou Ong, tombent dans tous les panneaux de la duplicité tradition/exploitation ou modernité/pauvreté.
En Afrique de l’Ouest, par exemple, les tantes “exploitent” leurs nièces, au vu et au su de toute la famille. Les oncles “pillent” les garçons comme autant de paires de bras qui valent des revenus. Avant de parler de prostitution, évidence planétaire, parlez donc du droit de cuissage ou de l’inceste familial. Décrivez la condition ordinaire et anonyme des milliers de fillettes togolaises qui peuplent les arrières cuisines de la bougeoisie gabonaise trop stérile. Parlez de ces adolescents mécano à vie sans salaire chez les garagistes burkinabés. Ecoutez les jeunes filles des grands marchés de Cotonou, “portefaix” à la tâche, qualification si désuette que vous vous interrogerez sur leur métier. Demandez aussi les billets "Retour" des fillettes qui embarquent sur les charters libanais du Hadj ou faites descendre les garçonnets de leurs échaffaudages de peintres en bâtiment qui rénovent si joliment les murs des ministères ou des ambassades. Et il vous faudrait enquêter sur la corruption ordinaire, sur l’économie de ces traffics, sur les profits d’une activité si lucrative qu’elle redistribue des salaires en cascade. Pourquoi, croyez vous, qu'une fois "affranchis" ces jeunes hommes ne rêvent que d'être "ogas", trafiquants de main d'œuvre à la maison en parpaings et au toit en tôle, au volant d'une voiture encore immatriculée dans la Seine Maritime ou le Calvados?
Ces détournements et la perversion de l’apprentissage des jeunes hommes, de l’écolage des cadets, du placement de l’aînée bref tous ces dispositifs de la solidarité familiale que toutes les sociétés rurales avaient inventés et ont pratiqué, toutes ses dérives donc se sont accélérées depuis une décénnie et n’ont jamais été ratrappées par les législations faute seulement de leur application car tous les textes sont là, votés depuis des années parfois. Et tout cela au vu et au su de toute la fratrie dans la maison. Au vu et au su de l’Instituteur, du Pasteur ou de l’Imam et du “Chef” au village!. Au nez et à la barbe du gendarme ou du douanier aux frontières! Au su souvent des chancelleries étrangères et des grandes Ong. C’est une réalité. C'est une fatalité que l’Afrique assume, elle qui a le génie terrible d’endurer la souffrance au delà de toutes les limites sans cesse repoussées.
De grâce cher “Libé” épargnez nous ces visions encyclopédiques estivales qui n’ont jamais le goût du sel et ne sentent jamais la sueur de cette réalité. Et parlez nous plutôt des causes et des raisons de ces états de fait. Tout ceci est dans la rue, là sous vos yeux.
Michel Aveline
avelinemichel@yahoo.fr
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dimanche, 22 juin 2008
Massacre du Muttur
APPEL A CONTRIBUTION DES LECTEURS DE TERRA NOVA.
Une campagne a été lancé par Action Contre la Faim pour dénoncer l'inefficacité des mesures prises par le gouvernement Sri-Lankais à la suite de l'assasinat le 4 août 2006 de 17 membres d’Action contre la Faim, à Muttur au Sri-Lanka. Un site dédié à la campagne a été mis en ligne afin d'informer sur les raisons de cette mobilisation mais aussi pour recueillir un maximum de signatures pour l'appel à une enquête internationale. Merci de faire passer le mot pour réunir de nombreuses signature. www.justiceformuttur.org
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SRI LANKA / MASSACRE DE MUTTUR :
ACF dénonce l’inefficacité des procédures sri lankaises
Le 4 août 2006, 17 membres d’Action contre la Faim étaient sauvagement exécutés à Muttur. Ce meurtre constitue le plus grave crime commis contre une organisation non gouvernementale. Suite à cet événement, plusieurs procédures judiciaires ont été ouvertes au Sri Lanka. Aujourd’hui, près de 2 ans après, force est de constater l’échec cuisant des procédures en cours et le manque de volonté flagrant du gouvernement sri lankais pour établir la vérité.
Face à cela, Action contre la Faim quitte le pays, se retire de toutes les procédures locales en cours, révèle publiquement la somme des entraves rencontrées et demande qu’une enquête internationale soit ouverte, seule capable d’identifier les coupables.
2 ans d’obstructions, d’implications du politique dans le judiciaire, et de camouflage
Suite au massacre de Muttur, ACF a suivi pendant 2 ans les 3 procédures judicaires en cours sur place en sa qualité de victime. 2 années durant lesquelles les enquêtes, loin d’avancer vers la recherche de la vérité, n’ont été qu’une suite d’obstructions, d’intrusions du politique dans le judiciaire, de manque de transparence, voire d’erreurs… ACF révèlera publiquement au cours du point presse la somme des entraves venues compromettre – jusqu’au discrédit total - la possibilité d’obtenir la vérité au Sri Lanka. Pour que ce crime ne reste pas impuni, seule une enquête internationale pourra faire la vérité.
Lancement de la campagne Justice for Muttur : un événement qui rappelle l’horreur insoutenable d’un massacre impuni
Afin de lancer sa campagne, Action contre la Faim se mobilisera le 17 juin sur le lieu symbolique du parvis des droits de l’homme à Paris. 17 bénévoles seront alignés et symboliseront l’odieuse scène durant laquelle les 17 travailleurs humanitaires ont été exécutés afin que ne soient pas oubliés les victimes et la sauvagerie de ce massacre.
Le massacre de Muttur en bref
Le 4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires d’Action contre la Faim étaient assassinés dans la ville de Muttur, au Nord-est du Sri Lanka. Fusillés un par un, les victimes ont été exécutés sciemment. Ce massacre constitue le crime le plus grave perpétré contre une organisation non gouvernementale et s’assimile à un crime de guerre selon le droit international.
Contact presse :
Lucile Grosjean, +33 1 43 35 82 22 , lgrosjean@actioncontrelafaim.org ou info@justiceformuttur.org
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lundi, 16 juin 2008
Monocratie 1point c'est tout
C'est à Robert BADINTER que l'on doit la formule "La 5ème république est devenue une monocratie". L'ancien garde des sceaux qui avait aborgé la peine de mort sait de quoi il parle. On assiste pas à pas à un copier coller de l'exécutif à l'américaine, pardon, à la Georges Bush, dans les mécanismes que met en place, sans trop de résistances, le Président Sarkosy. Toute la panoplie est présente. Des services de renseignements regroupant l'ensemble des services présents à la Défense, à l'Intérieur et aux Affaires étrangères, soit 20000 personnes, et un responsable qui rapporte directement au Président. Des réunions avec 7 de ses ministres rapprochées au siège de l'UMP, euh à l'Elysée, le manège et le ménage dans les médias, de presse privée ou publique, le pilotage des recettes publicitaires, la jeu de la roue de la démocratie avec des positions amidextres sur le Liban, l'Israèl, la Syrie et l'Iran. Tout y passe, même le petit tour à vélo avec Georges sur les Quais de Seine à l'occasion de son pot d'adieu. Georges avait besoin d'un ami, aprés la dernière claque qu'il a reçu sur le caractère illégale du camp de Guantanamo et autres typologie anti-constitutionnelle telle que les "prisonniers combattants" ou la légalisation de la torture. Quoi de plus normal d'annoncer enfin désormais un début de calendrier de retrait, malgré l'avis contraire du héros national Mc Cain. Les conservateurs ne s'affichent plus avec le président sortant, qui laisse le pays dans un état lamentable, endetté comme il ne l'a jamais été aprés avoir mentit à tout un peuple et au monde entier pour lui permettre de faire, et faire financer, une guerre illégale.
Alors que de ce côté du monde, le président français s'apprête à recevoir un chef terroriste de plus sur le sol français, non-pas le jour de la fête des droits de l'homme, cette fois-ci comme ce fût le cas pour Kadafi, qui l'a bien remercier en comparant son projet d'union de la méditerranée à un moyen féodal pour, je cite, "les chiens que nous sommes", non, ce sera le jour de la fête nationale, le 14 juillet, date à laquelle on ne sait plus si l'on fête la vrai révolution (qui fût faite bien avant en réalité par le peuple) ou la guerre des bourgeoisies et des nobles, bref ce jour là ce sera au mécène des bombes libanaises, le Président syrien d'être reçu en grandes pompes, de quoi lui vanter lors du défilé, les dernières promotions meurtières en ventes par la défense française, incapable de financer les missions navales prévues en 2008.
Quand on a décidé d'exercer seul le pouvoir, et qu'on parle plus pour faire moins, quand on annonce plus pour endormir plus, alors pourquoi s'arrêter en si bon chemin.
Le 1er juillet, la France prendra pour six mois la présidence de l'Union Europénne, juste aprés le non irlandais qui renvoit les 26 autres pays ayant choisit la voie parlementaire, de reprendre, peut-être leur copie.
Encore une fois, la question était mal posée et le vote est d'abord à portée nationale. Mais alors à quand un référendum européens, à quand une prise en compte de la réalité sur le fait que ce projet n'appartient pas aux mécanismes de votes, mais aux votants.
La démocratie c'est d'abord les contre-pouvoirs. La démocratie participative, ce n'est pas le jeu des post-its de Ségolène Royale qui à vider de son sens cette appellation, c'est le fait de disposer de contre-pouvoirs qui garantissent une bonne gouvernance et des corrections de trajectoires surant l'exercice des mandats. Car comme le rappelait BADINTER, une fois élu, et avec un régime présidentiel français qui transforme le premier ministre en vice-secrétaire général, et nous offre une situation où le plus bosseur gagne des points dans les sondages et le plus hâbleurs explose en plein vol, une fois élu, le président gouverne seul, renforcé par les récentes dispositions sur la modernisation des institutions.
No passaran !
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dimanche, 15 juin 2008
Obama et les Signes (2)
Les beaux livres, écrivait Marcel Proust, sont écrits dans une sorte de langue étrangère." On pourrait en dire autant de toute forme d'expression humaine... Et pourquoi pas du discours politique quand il ne se contente pas de mimer les idées reçues, qu'il est porteur d'une nouvelle langue et d'une nouvelle grammaire politique ? L'ampleur des changements se mesure alors à la prolifération de signes nouveaux, parfois contradictoires, parfois convergents, mais difficiles à lire dans la langue politique traditionnelle car ils échappent au simple message des communicants et à la logique médiatique de la persuasion. S'il y a un Barack Obama que les médias ignorent obstinément, c'est bien l'Obama sémiologue, attentif aux signes et à leur circulation dans la médiasphère.
Dans L'Audace d'espérer (Presses de la Cité, 2007), il décrit par exemple comment une histoire fabriquée ou une fausse nouvelle "répétée inlassablement et lancée dans l'espace cybernétique à la vitesse de la lumière finit par devenir une particule de réalité, comment des caricatures politiques et des pépites de conformisme s'incrustent dans notre cerveau sans que nous ayons eu le temps de les examiner...". Un contexte, ajoute-t-il, qui "favorise non pas ceux qui ont raison, mais ceux qui, comme le service de presse de la Maison Blanche, peuvent présenter leurs arguments le plus bruyamment, le plus fréquemment, avec le plus d'obstination possible, et devant la meilleure toile de fond".
Obama dénonce l'écart croissant "entre les paroles et les actes, un fossé qui corrompt le langage et la réflexion" et qui n'a cessé de se creuser depuis Ronald Reagan et "ses tours de prestidigitation verbale". A peine élu au Sénat, assailli par les reporters et les commentateurs, il se demande "combien de temps il faut à un homme politique... avant que le comité des scribes, des rédacteurs en chef et des censeurs n'élise résidence dans sa tête. (...) Combien de temps pour se mettre à parler comme un politicien ?".
L'avenir dira si Barack Obama est l'inventeur d'un nouvel idiome politique ou s'il n'en est que le simulacre, le simple avatar d'un Lincoln à l'ère de "Second Life". Mais il serait absurde de nier qu'il incarne une nouvelle génération d'hommes politiques qui méritent d'être qualifiés de sémio-politiciens, porteurs de signes et de symboles plutôt que de programmes et de promesses, moins aptes à se "positionner" sur un arc traditionnel de forces politiques qu'à inspirer des manières nouvelles de penser le monde et de le changer.
C'est sans doute la clef de l'attraction qu'exerce sa candidature sur les jeunes Américains : son parcours raconte l'apprentissage difficile des signes, la quête d'une identité métisse, partagée "entre deux mondes, le noir et le blanc", chacun d'eux possédant "son propre langage, ses propres coutumes et ses propres structures", et la tentative de les réconcilier par "un effort de traduction". Obama, depuis son plus jeune âge, fut contraint à un usage intensif et attentif des signes. "Depuis la découverte effrayante que j'avais faite dans Life, celle de crèmes blanchissantes, écrit Barack Obama dans Les Rêves de mon père (Presses de la cité "Etranger", 256 p., 21 €), j'avais fait connaissance avec le lexique en vigueur dans la communauté pour décrire les différentes façons d'être noir : les bons cheveux, les mauvais cheveux, les lèvres épaisses ou les lèvres fines. (...) De fait, il n'était même pas certain que tout ce que nous pensions être une expression libre et sans entraves de notre identité noire - l'humour, les chants, la passe dans le dos - ait été librement choisi par nous. Au mieux tout cela était un refuge, au pire un piège."
Obama est beaucoup plus qu'un "storyteller" de génie. C'est un stratège de l'inconscient américain. Il a su faire de sa personnalité hybride, aux repères biographiques hétérogènes, une métaphore des nouvelles identités composites à l'ère de la mondialisation. C'est pourquoi on ne peut analyser cet événement à la lueur des analogies historiques (Martin Luther King ou les Kennedy) mais dans l'espace, dépourvu de tout antécédent, de l'après-11-Septembre. Il tend à une Amérique désorientée un miroir où se recomposent des éléments narratifs dispersés.
Depuis le 11-Septembre, les républicains ont opéré un véritable retournement des idéaux types américains : en criminalisant l'immigration, en bâtissant des murs aux frontières, en encadrant la liberté d'expression, en surcodant l'identité par la religion.
Obama fait l'inverse. A la rhétorique du conflit des civilisations, il oppose une autre syntaxe, celle des assonances et des conciliations, celle des identités métissées et des variations, l'identité ouverte de l'émigré à l'âge des déplacements. Son parcours d'Américain métis est un retour au récit américain des origines.
Avec Obama, c'est toute une Amérique qui retrouve ses repères perdus depuis le 11-Septembre : l'immigration, le voyage, le melting-pot, la frontière comme dimension vivante et positive. Obama incarne une tentative de faire rebondir le récit américain mis à mal et de reconstruire l'identité d'un "peuple déjà spolié de son histoire, un peuple manquant souvent des moyens de rétablir cette histoire en la montrant sous une forme différente de celle qui apparaissait sur les écrans de télévision".
Jean Genet, dans un tout autre contexte, en avait peut-être pressenti l'imminence. "Les Noirs en Amérique, disait-il, sont les signes qui écrivent l'histoire, sur la page blanche ils sont l'encre qui lui donne un sens."
Christian Salmon est écrivain.
19:20 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Obama et les signes (1)
Aussitôt connue, la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates a été qualifiée d'"historique" et même de "légendaire". Le New York Times l'a rangée sans hésiter dans la catégorie de l'"épique" et la presse internationale salue la longue marche du premier candidat noir vers la nomination comme un "voyage" historique et légendaire. Non pas celui du héros vers le pouvoir suprême, comme dans les habituelles success stories politiques, mais le voyage transindividuel et initiatique de l'Amérique vers elle-même. La tentation est donc grande et justifiée d'analyser la performance de Barack Obama comme une preuve nouvelle de l'efficacité du storytelling politique. Certains en attribueront la paternité au "narrateur", David Axelrod (le conseiller d'Obama), qui aurait remporté une victoire par K.-O. sur le conseiller d'Hillary Clinton, qualifié de simple sondeur... D'autres y verront la revanche de l'apprenti storyteller sur son professeur, James Carville, stratège de la campagne de Bill Clinton en 1992, à laquelle participa Axelrod.
Le destin d'Obama semble tout devoir à la fiction. Il évoque celui du héros de la série "A la Maison Blanche" : premier candidat "non blanc" à briguer la présidence des Etats-Unis, Santos a commencé sa carrière en tant qu'"organisateur de communautés". Il est marié et a deux enfants. Il s'impose après une primaire démocrate déjà épique qui soutenait la candidature du vice-président. Ses rivaux l'attaquent pour son inexpérience politique, et il répond par de grands discours inspirés sur la réconciliation nationale et le message du changement.
Comment analyser ces recoupements entre fiction et réalité ? Qui, du héros de fiction ou du candidat fictionnel, imite l'autre ? Le destin d'Obama serait-il tout droit sorti d'un scénario d'Hollywood pour redorer le blason de l'Amérique ? L'idée est séduisante. Mais elle est fausse. Le scénariste et producteur de la série, Eli Attie, a récemment révélé dans une interview avec The Guardian que le modèle dont il s'était inspiré pour construire le personnage de Santos était tout bonnement... Barack Obama. Impressionné par son discours à la convention démocrate de 2004, Attie avait appelé David Axelrod pour en savoir plus sur le jeune sénateur de l'Illinois. Santos n'était donc qu'un double fictionnel d'Obama !
Le succès d'Obama risque d'inspirer bien des imitateurs. Et le storytelling "idéaliste" de David Axelrod fera aussi sûrement école que le storytelling "cynique" de Karl Rove, le conseiller de George Bush. Il serait cependant très réducteur de les comparer. Howard Kurtz, éditorialiste au Washington Post, observait récemment que les journalistes couvrant la campagne d'Obama s'étonnent souvent de n'être l'objet d'aucune attention particulière de la part des habituels spin doctors, qui tentent d'influencer la presse par des analyses et des commentaires. "Le contraste est frappant, non seulement avec l'équipe d'Hillary Clinton, mais avec la Maison Blanche à l'époque de Bill Clinton et de George W. Bush. En comparaison, celle d'Obama fait figure de vieux canard", écrivait-il.
"Nous ne pouvons être totalement pacifistes et abandonner le champ de bataille, explique David Axelrod, mais, ce qui est fort dans cette campagne, c'est le rejet des vieilles tactiques politiques." "Il n'y a aucune offensive de charme du candidat en direction de la presse, observe le correspondant de Newsweek Richard Wolffe. Le contact est limité. Obama voit la presse nationale plus comme un problème logistique que comme un canal pour influer sur l'opinion..." Offrir un espace sans manipulation constitue une part de l'identité de campagne d'Obama, qui a déclaré "vouloir une politique basée non pas sur l'influence et la manipulation, mais sur le débat honnête".
Dans un espace public saturé de récits où toute information doit, pour atteindre sa cible, se présenter sous la forme d'une story, la construction narrative d'une identité politique n'est plus laissée ni au hasard ni au talent. Les livres des candidats ont une fonction précise. Chaque souvenir, chaque idée, chaque expérience constitue l'atome narratif d'une séquence qui doit conduire l'homme politique au pouvoir. Elle le programme et le profile.
Le livre de Barack Obama Les Rêves de mon père (éd. Presses de la Cité) témoigne d'un tout autre rapport au récit. C'est un roman d'apprentissage et un roman de voyage, mais c'est tout autant un travail de déconstruction des histoires toutes faites et des récits mythiques de l'enfance : "J'ai appris depuis longtemps à me méfier de mon enfance et des histoires qui l'ont façonnée. Des années plus tard (...), j'ai compris que j'avais passé la plus grande partie de ma vie à tenter de les réécrire, en bouchant les trous dans la narration, en enjolivant les détails gênants, en faisant passer pour des choix individuels le cours aveugle de l'histoire."
"Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère politique", a déclaré récemment le linguiste George Lakoff. Professeur de linguistique cognitive à Berkeley, il a fondé le Rockridge Institute, un cercle de pensée dont la mission est d'aider les démocrates à cadrer leur message de manière à reconquérir une hégémonie idéologique perdue depuis Reagan. Lakoff considère Barack Obama comme son meilleur élève. Interrogé sur son influence, Obama a répondu : "Vous savez, j'aime beaucoup Lakoff. Je pense que c'est un homme très compétent. Mais le fait est que je ne suis pas un propagandiste. Ce n'est pas mon travail !"
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Christian Salmon est écrivain.
Article paru dans l'édition du 07.06.08.
19:15 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le poids du clan
Supprimer les exonérations de redevance télévisée et l'augmentation des allocations familiales pour les enfants qui grandissent, freiner la mise en place du revenu de solidarité active, préconisé par Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives, obliger les chômeurs à accepter le deuxième emploi proposé par l'ANPE..., ces mesures de Nicolas Sarkozy reposent sur une hypothèse simple : les mécanismes de solidarité collective qui ont prévalu engendrent l'inertie et freinent le développement économique. Si la société française veut renouer avec la croissance et le plein-emploi, le curseur des dispositifs d'assurance collective - assurance-maladie, assurance-chômage, aides sociales, etc. - doit être abaissé pour réinjecter une dose plus élevée de risque. Combien ? Comment ? On tâtonne pour savoir.
Cette hypothèse, selon laquelle un juste équilibre entre assurance collective et risque individuel favorise la croissance économique et la prospérité collective, n'est pas spécifique à la France. Elle concerne tous les pays qui sortent de l'Etat providence, mais aussi et peut-être surtout les sociétés en développement. Jean-Paul Azam, professeur d'économie à l'université Toulouse-I, estime ainsi que "c'est l'absence de sécurité sociale qui pénalise le développement économique de bon nombre de pays d'Afrique". Dans les pays en développement, les risques santé, chômage, invalidité sont si élevés qu'ils obligent la famille, le clan à consacrer leur énergie à bâtir des mécanismes d'assurance pour assurer la subsistance des membres du groupe. Ainsi, l'un des principaux mécanismes assurantiels développés par les sociétés africaines est l'émigration. "On trouve par exemple des Soninké aux Etats-Unis et en Europe, note M. Azam. Ces migrants ont pour fonction de procurer au groupe des revenus décorrélés des aléas climatiques. Si la moisson est frappée par la sécheresse ou les sauterelles, le groupe sera nourri par les revenus des migrants."
Qu'est-ce qui force les migrants à respecter leur mission ? "La baraka." Si le patriarche, resté au village, "refuse la baraka au migrant qui a failli, il en résulte une forme d'excommunication. Même ses enfants se détourneront de celui qui a perdu la baraka", affirme M. Azam. Outre l'émigration, la solidarité interpersonnelle joue aussi un grand rôle dans la survie du groupe. Un père, une mère, un oncle doit sacrifier son épargne... si les besoins de la famille l'exigent. Et chacun sait qu'en Afrique les besoins sont immenses et que la famille ne se réduit pas aux parents et à deux enfants.
Paradoxalement, les sociétés africaines et la société française, issue de l'Etat providence, ont deux points en commun : aucune personne en position de "cotiser" n'échappe aux prélèvements sociaux du groupe ; et la demande de sécurité des bénéficiaires des systèmes d'assurance sociale est abyssale, au point de pénaliser - en Afrique comme en France - la croissance et la création de richesse. La question du poids trop élevé de la solidarité collective est posée en Afrique par bon nombre d'Africains eux-mêmes. Les migrants qui envoient de l'argent au pays finiraient par comprendre que ce flux d'argent régulier engendre la "paresse" du groupe qui reçoit. "Rater chaque année la récolte est un moyen de pérenniser le flux financier en provenance du groupe des migrants", explique Emmanuelle Auriol, professeur d'économie à l'université de Toulouse.
Des travaux menés par Jean-Marie Baland, Catherine Guirkinger et Charlotte Mali, pour le Centre de recherche en économie du développement de l'université de Namur, montrent ainsi que, dans certaines zones rurales du Cameroun, des agriculteurs s'endettent volontairement auprès de coopératives de crédit (tontines) pour dissimuler à leur famille proche le montant de leurs économies. "Quand j'emprunte, ma femme et mes enfants pensent que je n'ai pas d'argent. Je le fais exprès. Ainsi, quand quelqu'un se plaint qu'il a un problème d'argent, j'explique que je ne peux lui venir en aide car j'ai un emprunt à rembourser", déclare aux chercheurs un agriculteur camerounais. "Si j'emprunte pour payer l'école, ajoute-t-il, mon fils ne viendra pas me voir pour me demander de lui acheter une paire de chaussures. Mais si je paye l'école avec mes économies, il va me demander autre chose." Le coût de cette dissimulation est très élevé puisque les taux d'intérêt peuvent atteindre 13 %.
POUSSÉS À LA FAILLITE
La pression exercée par le groupe pour le maintien de la redistribution de personne à personne est si forte en Afrique que certains entrepreneurs sont parfois poussés à la faillite. Mme Auriol donne ainsi l'exemple de ce Sénégalais créateur d'entreprise qui, pression familiale oblige, avait déjà dû embaucher tous les membres de sa famille. Lorsqu'il s'est aperçu qu'un des cousins se servait dans la caisse, il l'a licencié. Aussitôt, le clan s'est ligué contre l'entrepreneur. "Sa mère est venue le voir, elle l'a maudit. Il a été obligé de réembaucher le voleur", raconte Mme Auriol. Pour éviter la ruine, certains entrepreneurs très imaginatifs multiplient la création d'entreprises de manière à brouiller les pistes. Ils clament haut et fort que toutes leurs entreprises sont déficitaires et au bord de la faillite afin de mieux protéger une ou deux structures qui gagnent de l'argent. Certains malins ont choisi d'investir dans l'immobilier pour briser ce cycle de dépendance. Un Sénégalais qui a épargné assez d'argent pour acheter un petit immeuble à la périphérie de Dakar a fait comprendre à sa famille qu'elle ne bénéficierait des revenus locatifs qu'en participant à l'entretien de l'immeuble contre rémunération. D'autres encore n'envoient pas d'argent directement à la famille mais passent commande à l'épicier du village. "C'est une manière de flécher l'argent qu'ils envoient. Ils savent comment il sera dépensé et, surtout, l'épicier est témoin de la dépense", indique Mme Auriol.
La manière dont les Africains gèrent et vont faire évoluer leurs obligations en matière de solidarité est cruciale pour l'avenir. Le leur surtout. Eliana La Ferrara, professeur à l'université Bocconi, à Milan, écrit que "les sociologues et les anthropologues ont toujours placé les structures familiales au coeur de leur investigation pour comprendre les structures sociales. Les économistes viennent seulement de commencer d'en faire autant. Il est temps d'utiliser les concepts de l'économie pour comprendre comment les personnes, les familles et les groupes prennent leurs décisions dans les pays en développement". Cette approche pourrait bien se révéler décisive dans la lutte contre la pauvreté.
Courriel : mamou@lemonde.fr.
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mercredi, 04 juin 2008
Yes we can
4 juin 2008 retenez cette date.
Avec 2157 (donc finallement plus que les 2118 nécessaires) et un mois d'avance sur le jour de l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, voici une nouvelle page historique qui se tourne. Quelqu'en soit l'issue, Obama a ouverte une porte et peut (enfin) donner aux USA une ma nière de changer son image et sa position sur l'échiquier et nous servir autre chose que de l'inculture, de l'arrogance, de l'hégémonie à deux dollars et du néocon réchauffé avec comme seule stratégie : consommez toujours plus le pétrole.
Alors pour faire de l'antiaméricanisme primaire un souvenir et montrer l'autre visage des USA, celui qui nous plait et donne envie d'avancer en se disant, oui c'est possible, nous aussi nous disons définitivement que l'afro-american dream is possible parce que la compétence et le leadership n'a pas de frontière et que la race n'est définitivement plus une barrière ni le communautarisme un truc à la mode. Il était temps de revenir à des fondamentaux.
Le monde est monde, certains le disent global, mais l'avenir est à la diversité et l'intelligence est collective.
Yes we can !
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jeudi, 15 mai 2008
affamés de paix
La Côte d'Ivoire repue entend-elle le bruit du monde qui, à nos portes et sous nos pieds, meurt de faim ? Les « émeutes de la faim » qui ont ensanglanté Abidjan, Dakar, Ouaga, Haïti, Bamako, le Caire, Phnom Penh… sont-elles vraiment perçues par nos élites politiques locales comme ce qu'elles sont : c'est-à-dire de sérieux facteurs d'instabilité politique et sociale ? Ce pays au bord de l'explosion peut-il se payer le luxe de flirter avec de nouveaux conflits ? Les populations marquées au fer rouge de six ans de désespoir, gravement sous-alimentée, mal soignées, sombrant de plus en plus dans l'illettrisme, sont tenus en respect par des seigneurs et seigneuresses, hobereaux de la tchatche, imprécateurs volcaniques qui parcourent le pays, pour y semer plus que de raison, l'ivraie de la violence. Quand on est première dame, ou universitaire, ou dirigeant de parti, on doit savoir. On doit savoir qu'en Côte d'Ivoire, aujourd'hui, il n'existe qu'un médecin pour 9.908 habitants, un infirmier pour 2.416 habitants, une sage-femme pour 2.118 femmes en âge de procréation. On doit savoir que l'indice de pauvreté humaine en Côte d'Ivoire atteint 40,3%, et que, de ce fait, le pays est classé au 92è rang sur 108 pays en développement. On doit savoir que dans les hôpitaux publics, le nombre de malades s'est accru, et que la barre des 200.000 consultations a été franchie en 2007 ; que le taux de taux de morbidité se situe autour de 50 à 60%. Selon les chiffres de la Direction générale de l'Economie sous tutelle du Ministère de l'économie et des finances, l'espérance de vie des Ivoiriens qui était proche de 60 ans dans les bonnes années, c'est-à-dire 4 ans seulement de moins que la France en 1970, n'est aujourd'hui que de 49 ans, dont 46 ans pour les hommes et 51 ans pour les femmes. Toujours selon la Direction générale de l'Economie, 7% de la population ivoirienne est infectée par le virus du Sida, ce qui occasionne près de 47.000 décès par an. La population ivoirienne sait qu'elle a le choix : mourir de faim ou mourir de maladie. Quel autre choix lui reste-il donc quand les horizons sont bouchés ? Que doit-elle penser de ses dirigeants quand elle découvre que, selon la Banque de France, le seul produit d'exportation de la Côte d'ivoire qui a réellement connu une hausse c'est…le pétrole. «L'activité pétrolière s'est révélée très dynamique, avec une production de 21,9 millions de barils soit une hausse de 50,5 %. Cette hausse résulte de la montée en puissance du champ de pétrole « BAOBAB » depuis sa mise en exploitation en août 2005» écrit la vénérable institution, sur son site internet.
D'un côté, « 70% de nos compatriote ne prennent qu'un seul repas par jour » (Mamadou Koulibaly). De l'autre, 30% vivent des recettes de 21,9 millions de barils de pétrole. A 127 dollars le baril.
On danse au bord d'un volcan, qui peut entrer en éruption à tout moment. Il faut s'éloigner de la géhenne. Il faut sortir de la fascination de l'imprécation, cette ivresse que l'on a lorsqu'on se retrouve devant des foules, agglutinées plus par l'hypnose exercée par des billets de banque espérés que réellement par le fond de ténébreux discours au timbre messianique. Dans nos contrées, Dieu porte d'abord un nom : le sac de riz. On va vers une très longue période d'émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation incontrôlable si l'Etat ou tout ce qui l'incarne ou s'y apparente (président, premier ministre, ministres, députés, chefs politiques…) s'avère incapables d'apporter une réponse immédiate et satisfaisante posée par la question de la faim. Car, il faut le savoir, en un an, le prix du blé a augmenté de 130%, le prix du riz de 74%, le prix du soja de 87%, et celui du maïs de 53%. Ne nous leurrons pas : la tendance ne s'améliorera pas. Du moins pas avant longtemps. La Birmanie, l'un des greniers alimentaires du monde a été dévasté par le cyclone Nargis et ses rizières totalement dévastées. Cela ne sera pas sans conséquence sur la consommation mondiale du riz. Pour que le prix du riz baisse il faudrait un dosage exceptionnel de facteurs conciliants : de bonnes conditions climatiques, la levée des restrictions à l'exportation imposées par certains pays grands producteurs de riz comme, la baisse des prix des engrais, des pesticides et du pétrole. Or, il y a quarante-huit heures, le prix du baril atteignait les 127 dollars à la bourse de New York ! «Le pétrole était à 27 dollars le baril quand j'arrivais au pouvoir en octobre 2000 ; il est passé à 105 dollars le baril aujourd'hui » se justifiait Gbagbo Laurent, le 2 mai pour tenter d'expliquer aux désespérés de la faim, qu'il ne pouvait rien leur promettre. A 105 dollars, il y a eu deux morts dans des manifestations à Abidjan. Combien à 127 dollars ? Combien de régimes réputés stables, indéracinables, n'ont-ils pas été emportés comme fétu de paille par des foules affamées, assoiffées, quêtant le pain et associant au Prince l'image de leur détresse ? On veut du riz. Et la paix. Au moment où la Côte d'Ivoire entame son assomption, au moment où le bout du tunnel n'est plus loin, on s'étonne que Laurent Gbagbo laisse percer de son camp des appels qui, s'ils ne sont destructeurs, sont véritablement autodestructeurs. Quelle confiance en effet peut-on avoir en un chef, Laurent Gbagbo, apparemment résolument engagé dans le processus de sortie de crise au côté du Premier ministre, alors que ses collaborateurs les plus proches et la plus intime, se lancent dans une campagne de sabotage systématique des efforts de conciliation et s'acharnent à éteindre le seul tison qui, encore, éclaire notre espoir de retrouver la dignité et la prospérité ? Qui perdra le plus dans une crise généralisée ? Ceux qui seront du côté du baril de pétrole ou ceux qui feront face aux agents du Cecos ? Probablement ni l'un ni l'autre. En général, c'est un troisième larron, d'habitude issu de la famille kaki, qui s'empare de maître Aliboron et s'approprie le riz et le baril de pétrole.
Touré Moussa - Editorial Nord Sud - Abidjan - 15 mai 2008
NB : le titre est de la rédaction
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mercredi, 16 avril 2008
Affaires de boycott
Venance Konan écrit à Enrico Macias (en concert à Abidjan) : “Je demande aux démocrates et à tous ceux qui respectent les droits de l’homme de boycotter tes concerts”
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Mon cher Enrico Macias,
Comme tous ceux de ma génération, tu fus mon idole. Qui a oublié l'immortel " Enfants de tous pays ", cet hymne à la paix et à l'amour que nous fredonnions lorsque nous étions jeunes ? Qui a oublié ton combat pour la paix dans le monde qui t'a valu le titre d'ambassadeur de la paix de l'ONU ? Tu viens dans notre pays et nous devrions tous en être heureux. Surtout que notre pays est en quête de paix depuis de trop longues années. Compte tenu de ta renommée et de ta stature, je suppose que nos autorités te recevront à bras ouverts et, j'en suis même persuadé, elles te décoreront. Le passe-temps favori de notre chef d'Etat est de décorer ses visiteurs. Mais compte tenu de l'admiration que je te voue, je crois qu'il est honnête de ma part de t'expliquer où tu vas mettre les pieds. Notre pays, qui vivait en paix depuis son indépendance est divisé en deux depuis plus de cinq ans par une rébellion armée. Lorsque cette rébellion éclata, les bidonvilles habités par les plus pauvres d'entre nous furent détruits, sous prétexte que des assaillants auraient attaqué un camp militaire à partir d'un bidonville. Des milliers de personnes se retrouvèrent ainsi sans toit. D'autres milliers de personnes, des Burkinabé et des Maliens principalement, furent expulsées du pays après avoir été dépouillées de tout et plusieurs d'entre eux furent même tués. Puis des escadrons de la mort se mirent à assassiner des dizaines de personnes dans la zone contrôlée par le gouvernement, et des proches du chef de l'Etat furent accusés d'en être les instigateurs. Aucune enquête sérieuse n'a pu établir les responsabilités. Mais c'est lorsque certaines voix se mirent à menacer le chef de l'Etat de le traduire devant le Tribunal Pénal International que les meurtres s'arrêtèrent comme par enchantement. Mais les assassins courent toujours. On n'a jamais cherché à les connaître.
Un accord de paix fut signé en France, à Linas Marcoussis entre tous les partis politiques ivoiriens. Le chef de notre Etat l'entérina à Kléber devant le monde entier et accepta même un partage du pouvoir avec la rébellion. Mais de retour au pays, il dénonça cet accord comme étant un médicament amer qu'il avalait en grimaçant. Ses partisans s'en prirent aux Français, en lançant le slogan " A chacun son Français ". On se mit à pourchasser les Français et le Centre culturel français fut incendié. Le Français et homme de culture que tu es appréciera.
A la fin de 2003, le journaliste français Jean Hélène de RFI fut assassiné par un policier. Un comité de soutien composé des inconditionnels du chef de l'Etat fut créé. Ce policier fut condamné à la prison, mais l'année suivante, il reçut une promotion tout en étant en prison. Je ne peux pas te garantir qu'il est toujours en prison. Beaucoup de personnes me disent qu'il est en liberté. Un autre journaliste franco-canadien, Guy André Kieffer a été enlevé depuis quatre ans et personne ne sait s'il est encore en vie. Des proches du chef de l'Etat sont accusés d'être à la base de cet enlèvement et l'enquête menée par des juges français piétine.
En 2004, comme les choses traînaient, les partis d'opposition décidèrent d'organiser une marche pour exiger l'application de l'accord de Linas Marcoussis. Le chef de l'Etat interdit cette manifestation et mobilisa la police, la gendarmerie, et même l'armée. Le 25 mars, jour de la manifestation, toute la ville d'Abidjan fut en état de siège et quadrillée par les forces de l'ordre. Personne ne pouvait mettre les pieds dehors. Et pourtant, des forces dites parallèles entrèrent dans les domiciles et tuèrent les habitants. Le soir, à la télévision, le chef de l'Etat félicita ses forces de l'ordre. Les tueries se poursuivirent les 26 et 27 mars. Pour se protéger un tant soit peu, les habitants de certains quartiers tels qu'Abobo furent contraints de dormir dehors, en organisant des tours de garde avec des personnes qui, avec des casseroles, faisaient un grand bruit qui réveillait tout le quartier lorsque les forces de l'ordre approchaient. L'ONU mena une enquête et parla de massacre. Elle dénombra plus de cent tués pendant que l'opposition parlait de plus de trois cents victimes. Jusqu'à ce jour, aucune sanction n'a été prise contre les auteurs de ce massacre que l'on n'a même pas recherchés. En novembre 2004, le chef de l'Etat décida de reconquérir les régions contrôlées par la rébellion par la force. Il fit donc bombarder les villes de Bouaké, Korhogo et Vavoua, tuant des dizaines d'Ivoiriens innocents. On n'a plus jamais parlé de ces victimes. Une bombe tomba sur un camp militaire français et l'armée de ton pays détruisit les avions de notre armée. Les partisans du chef de l'Etat descendirent dans les rues et chassèrent 8000 français, en détruisant au passage des écoles et l'essentiel des infrastructures économiques du pays. L'eau et l'électricité furent coupées par le chef de l'Etat dans les zones nord du pays pendant plusieurs semaines. Il existe dans notre pays une organisation qui s'appelle la FECSI. C'est l'organisation estudiantine qui soutient le chef de l'Etat. Elle a totalement saccagé l'université et assassine régulièrement ceux des étudiants qui s'opposent à elle, en toute impunité. L'une de leurs victimes s'appelle Habib Dodo, dont tout le monde connaît les assassins, mais qui n'ont jamais été inquiétés. Je ne te parlerai pas des morts du charnier de Yopougon, du carrefour de la RTI, d'Anyama, d'Agboville, de ceux qui sont régulièrement tués par la police, par les miliciens. Renseigne-toi et tu apprendras que jamais le sang n'a autant coulé dans ce pays que depuis l'avènement de ce régime. Et jamais le pays n'a baigné dans une telle impunité.
En 2006, un bateau vint déverser des déchets toxiques à Abidjan. Seize personnes moururent après avoir inhalé l'odeur de ces déchets. Des milliers d'autres personnes furent plus ou moins gravement atteintes. Aucune sanction n'a été prise contre qui que se soit. La société qui fut à l'origine de cette catastrophe humanitaire a payé cent milliards de francs au gouvernement. Les victimes en ont touché à peine 1%. Le reste est allé on ne sait où. Et les sites pollués le sont toujours. Je ne te parlerai pas des cas de corruption régulièrement dénoncés sans qu'aucune sanction ne soit prise, de l'argent du pétrole dont seul le chef de l'Etat connaît l'utilisation. Le président de l'Assemblée nationale a déclaré que plus de 70% des Ivoiriens font un seul repas par jour. Les étudiants qui sortent de l'université n'ont pas d'autre choix que de gérer des cabines téléphoniques sur les trottoirs ou, pour les filles, de se prostituer. Les paysans meurent de faim dans les campagnes et n'ont même pas de quoi soigner le plus banal des maux de tête. Cette pauvreté a donné naissance à une nouvelle race d'escrocs appelés tradipraticiens, ou pasteurs, ou prophètes. Cela n'empêche pas le chef de l'Etat de construire des immenses palais en ce moment même à Yamoussoukro. Il te les fera certainement visiter. C'est sa grande fierté. Tu verras alors que le premier président de ce pays avait déjà construit d'autres immenses palais qui sont laissés à l'abandon. Tu verras les voitures de luxe que se sont offertes les proches du chef de l'Etat, et l'état de nos routes complètement dégradées. Un proche du chef de l'Etat s'est même offert une Mercedes Maybach à 500 millions de francs. Tu verras que toutes les infrastructures de ce pays sont en ruine, que les enfants que tu aimes tant s'entassent dans les salles de classes par quatre sur des tables bancs prévus pour deux et sont obligés de se coucher par terre pour écrire. Si tu visites un de nos centres de santé, tu verras aussi les malades laissés à l'abandon, à même le sol. Un jeune homme du nom d'Assalé Tiémoko Antoine qui a dénoncé la corruption dans ce pays croupit en ce moment en prison. Il y a une dizaine de jours, le chef de l'Etat a envoyé Jack Lang qui était venu le soutenir danser dans un endroit où des gamines de 12 à 13 ans se prostituent. Le lendemain, les populations sont descendues dans les rues pour protester contre la vie chère. La police a tiré et deux personnes ont été tuées. Le même jour, le chef de l'Etat a parlé à la télévision. Il n'a pas eu un seul mot de compassion pour les victimes.
Les élections auraient dû se tenir depuis 2005. Mais le chef de l'Etat utilise tous les moyens pour les retarder. Nous sommes en 2008 et il n'y aura pas d'élection. Le premier ministre actuel que le chef de l'Etat a choisi et qui est devenu son complice dans le pillage du pays a fait enfermer des dizaines d'hommes dans un container exposé au soleil jusqu'à ce qu'ils meurent. Son homme de main qui a exécuté cet ordre est toujours en poste à Korhogo dont il est le tout-puissant maître. Il a été sanctionné par l'ONU dont tu es l'ambassadeur de la paix. Deux autres proches du chef de l'Etat, Blé Goudé et Djué Eugène sont aussi sous le coup de sanctions de l'ONU à cause des exactions qu'ils ont commises. Mais ils sont toujours les protégés du chef de l'Etat. Surtout Blé Goudé. Dans ce pays, ceux qui ont pillé, tué et violé des femmes sont des vedettes que l'on montre à la télévision comme des modèles à suivre. Demande que l'on te parle d'un certain Wattao.
Mon cher Enrico, voici brièvement présenté le pays où tu viens te produire. Si tu veux cautionner un tel régime, tu es libre de le faire. Mais nous en informerons le monde entier, et plus particulièrement ton public français. Nous, Ivoiriens, pensons que les défenseurs des droits de l'homme comme toi devraient être aux côtés des peuples qui sont martyrisés par leurs gouvernements. Nous pensons que le sang des Ivoiriens n'est pas moins précieux que celui des Tibétains pour qui tout l'occident est mobilisé en ce moment. En attendant, je demande à tous ceux qui soutiennent la démocratie et le respect des droits de l'homme dans ce pays de boycotter tes concerts qui sont placés sous le patronage du chef de l'Etat si tu t'acoquines avec lui et si tu ne le dénonces pas clairement. Il faut qu'à partir de maintenant, tous ceux qui veulent que ce régime sanguinaire et kleptomane prenne fin apprennent à boycotter tout ce qui est placé sous le patronage du chef de l'Etat et à dénoncer vigoureusement tous ceux qui viennent lui apporter leur caution. On ne tuera personne dans sa maison parce qu'il n'aurait pas été à un concert ou à une quelconque manifestation patronée par Laurent Gbagbo.
Venance Konan écrivain, journaliste indépendant
Email venancekonan@yahoo.fr
mercredi 16 avril 2008 - Par Le Nouveau Réveil
Nb : le titre est de la rédaction
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lundi, 07 avril 2008
The King
Cette semaine, McCain a dit à la presse qu'il avait "appris que cet homme (ndlr, King) - MEMPHIS, 4 avril - Quarante ans après son assassinat, Martin Luther King inspire toujours la vie politique américaine et John McCain comme Hillary Clinton ont fait le déplacement à Memphis pour tenter de s'attirer les voix de l'électorat noir qui semble acquis à Barack Obama.
C'est dans cette ville du Tennessee que le leader du mouvement des droits civiques fut assassiné le 4 avril 1968 au Lorraine Motel.
Pour McCain et Clinton, qui pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis doivent batailler contre un candidat métis ayant de réelles chances d'être élu à la Maison blanche, attirer une fraction de l'électorat afro-américain semble mission impossible.
Le candidat républicain et la sénatrice de New York, en lutte avec Obama pour l'investiture démocrate, se sont rendus à Memphis pour y prononcer des discours. Ils participeront également dans la soirée à une émission sur NBC centrée autour du rôle joué par le pasteur King dans le mouvement des années 1960 contre la ségrégation.
Obama était quant à lui à Fort Wayne, dans l'Indiana, où il a affirmé devant une assistance de 2.800 personnes que la politique américaine n'était pas à la hauteur du rêve formulé par Martin Luther King.
"Depuis longtemps, nous avons une politique qui n'est pas à la hauteur des défis auxquels nous faisons face", a-t-il dit. "Au lieu d'une politique qui soit à la hauteur de l'appel à l'unité du Dr. King, elle se sert de la race pour nous diviser.
"Alors que nous avons chacun un passé différent, nous partageons tous les mêmes espoirs envers l'avenir", a-t-il poursuivi, évoquant l'emploi, les soins médicaux, l'éducation et les retraites. "Ce sont des espoirs communs, des rêves modestes. Et ils sont au coeur de la lutte pour la liberté, la dignité et l'humanité que le Dr. King avait entreprise."
Auparavant, Obama avait assuré ne pas regretter de ne pas être à Memphis. "Je pense qu'il est important de faire passer, dans des endroits comme l'Indiana et le Dakota du Nord, le message que la tâche du Dr. King est inachevée", a-t-il déclaré.
Le sénateur de l'Illinois doit se rendre après son étape en Indiana à la convention démocrate du Dakota du Nord, tout comme Hillary Clinton.
PASSIF
Hillary Clinton, qui tente elle de devenir la première femme élue présidente des Etats-Unis, s'est retrouvée à plusieurs reprises accusée d'introduire la question raciale dans les primaires démocrates.
Avant la primaire de Caroline du Sud, en janvier, l'ancien président Bill Clinton, avait été taxé de dénigrement du rival de son épouse en qualifiant de "conte de fée" l'opposition d'Obama à la guerre en Irak.
Geraldine Ferraro, une des conseillères de la sénatrice, a dû quant à elle démissionner le mois dernier après avoir expliqué que "si Obama était un blanc, il ne serait pas dans cette position".
McCain a lui aussi des progrès à faire auprès de l'électorat noir. En septembre dernier, le sénateur de l'Arizona a refusé de participer à un débat entre les candidats républicains consacré aux Noirs Américains. Et les démocrates ont opportunément rappelé qu'en 1983, alors élu à la Chambre des représentants, il avait voté contre l'instauration d'un jour férié au niveau fédéral en hommage à Martin Luther King.
Le texte avait été adopté par 338 voix contre 90 et le président Ronald Reagan, républicain, l'avait promulgué.
Cette semaine, McCain a dit à la presse qu'il avait "appris que cet homme (ndlr, King) était une figure transcendante de l'histoire américaine" et qu'il méritait les honneurs.
Le sénateur républicain devait prendre la parole devant la Southern Christian Leadership Conference dans un musée des droits civiques érigé à l'emplacement du Lorraine Motel où King fut assassiné.
A l'inverse, Obama s'est retrouvé lui sous le feu de la critique pour certains sermons du révérend Jeremiah Wright dans l'église de Chicago que fréquente le sénateur démocrate de l'Illinois.
Le pasteur Wright, qui n'officie plus, était un adepte d'une rhétorique incendiaire et un imprécateur inlassable du racisme de la société blanche américaine. "Que Dieu maudisse l'Amérique", a-t-il dit dans un de ces sermons.
Mais le discours sur les races qu'Obama a prononcé à Philadelphie en pleine controverse a été bien accueilli. Et l'entourage du jeune sénateur métis a contre-attaqué en suggérant que l'équipe de campagne de Clinton avait décidé de jouer la carte raciale contre Obama.
Le camp McCain s'est tenu lui à bonne distance de la controverse autour du pasteur Wright.
Par Steve Holland
Version française Henri-Pierre André
Nb : Le titre est de la rédaction.
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samedi, 29 mars 2008
Audiences
Alors que la radio RFI, suspendue d'émission actuellement en Côte d'Ivoire, vient d'annoncer l'envoi d'un envoyé spéciale, une surprenante opération séduction s'est déroulée à Yamoussoukro, parfaitement relayé par Fraternité Matin en double page ce matin, avec la viste des chantiers de "la future seconde ville capitale" par l'ancien ministre français de la culture, Jack Lang qui, hier soir, s'est rendu à la rue princesse à Yopougon, avec le Président Gbagbo décidemment plus "infréquentable" aux yeux du groupe socialiste vainqueur des dernières élections municipales françaises. C'est le blog de yoro qui nous l'apprend. http://leblogdeyoro.ivoire-blog.com/archive/2008/03/29/le...
La classe politique...?
L'article de Fraternité Matin >
Le ministre de la culture sous François Mitterrand a été impressionné par les chantiers qu’il a visités à Yamoussoukro en compagnie du Chef de l’état.
Monsieur le ministre, vous venez de passer une journée à Yamoussoukro: brève mais instructive, n’est-ce pas?
Nous avons eu avec Jean-Marie Leguen, le privilège de vivre quelques moments rares et intenses grâce au Président Gbagbo qui a eu la générosité de nous faire venir jusqu’ici et de nous montrer ses chantiers exceptionnels de la construction d’une nouvelle capitale. En soi, c’est déjà un évènement. Très peu de pays dans le monde ont décidé de construire une nouvelle capitale. Il y a eu l’exemple du fameux Brasilia. Je voudrais ouvrir une parenthèse pour regretter que les Européens ou l’Union européenne n’aient pas construit un Brasilia ou un Yamoussoukro européen plutôt que de choisir Bruxelles ou Luxembourg ou une autre ville déjà existante. Parce que je crois qu’une nouvelle capitale donne à un pays une âme rajeunie, transformée ; une nouvelle dynamique. En plus, la puissance d’Abidjan doit être contrebalancée par d’autres pôles. Yamoussoukro sera de loin un grand pôle intellectuel, politique et économique.
Vous avez d’abord suivi la projection du film de sept minutes présentant les chantiers du transfert. Vous êtes allé sur les sites de l’Assemblée nationale, du Palais présidentiel, de la Voie triomphale : quelles sont vos impressions?
Je ne peux pas ne pas penser à Monsieur Félix Houphouet-Boigny qui a ouvert la voie; le Président Gbagbo a eu cette idée idéale et ambitieuse de transformer le projet initial en un projet grandiose, puissant et je l’espère irréversible. L’impression qu’on a d’abord, c’est que la volonté humaine a d’immenses capacités. Ce chantier creusé dans le sol avec ces prouesses technologiques, l’ampleur du plan, son ambition du pouvoir politique entouré du pouvoir administratif de l’Etat…m’ont sincèrement impressionné.
Certains pensent que de tels projets n’ont pas un caractère productif, surtout en temps de guerre. Quel est votre avis?
Au premier abord, je ne suis qu’un ami de la Côte d’Ivoire. Je ne suis pas Ivoirien; je suis un ami du Président Gbagbo. En même temps, je respecte la souveraineté et la liberté des autorités ivoiriennes. Je ne donne que le point de vue d’un citoyen, qui n’est pas nouveau. Par exemple, s’il y a eu la guerre et la crise, j’ai toujours pensé que, plus un pays rencontrait des difficultés, plus il devrait se fixer de grandes ambitions. L’argument qui est parfois utilisé, même dans mon propre pays, c’est la crise économique pour justifier la réduction d’investissement culturel (la recherche, l’éducation)…Ce sont des arguments que je n’accepte pas. Je dirais, au contraire, s’il y a une crise, c’est une raison supplémentaire pour sortir de cette crise par de nouvelles ambitions nationales ou internationales. Par ailleurs, les investissements comme ceux-là sont nécessairement productifs. Dans l’immédiat, ils font travailler des secteurs, des ingénieurs, des techniciens : ils sont donc créateurs d’emplois. Je crois aussi que l’une des grandes questions auxquelles la Côte d’Ivoire est confrontée est le développement trop important de la capitale actuelle. Avec toutes les difficultés que cela représente en termes de sécurité, de conditions de logements… C’est une bonne idée que de créer une autre ville qui sera une ville-capitale. Quand on se lance dans des grands chantiers comme ceux-là, on l’a vu avec Mitterrand, on se fait critiquer : pourquoi autant d’argent, pourquoi autant de dépenses…Ne vaudrait-il pas faire autre chose ? Rien n’est comparable, mais prenons l’exemple de ce que nous avons fait au Louvre à Paris. On a fait un investissement énorme, énorme. A l’époque, on a été très attaqué. A cette époque, il y avait une crise aussi : elle n’était pas militaire mais financière. Je me souviens de cette belle parole de Mauroy : «Protégez les budgets de la culture, de l’éducation et de la recherche. Quand il y a crise, il faut laisser allumées quelques lumières». Yamoussoukro, c’est la lumière du futur.
Vous avez été ministre de la Culture de François Mitterrand, un Président bâtisseur; vous venez de visiter les chantiers du Président Gbagbo: quels commentaires?
Ecoutez, si un Chef d’Etat n’est pas bâtisseur, à quoi sert-il ? Certes, il sert à représenter la nation, le pays, mais on attend d’un Chef d’Etat qu’il prépare le futur, qu’il ne soit pas seulement le gestionnaire du court terme. Ça compte le court terme, c’est très important. Disons la vie matérielle des gens, la santé, l’éducation, le transport : c’est important, mais en même temps, il faut donner à un pays ou à une nation des horizons plus lointains pour se projeter vers le futur. Quand une nation a un futur, elle est plus créative, plus productive, plus inventive. Avec le Président Gbagbo, je me sens en harmonie, en connivence, en synchronie, en résonance. J’aime les gens comme lui qui sont à la fois patriotes et qui ont le sens de l’Etat.
Monsieur le ministre, vous vous déclarez en phase avec le Président Gbagbo. Les Ivoiriens considèrent que le camarade n’a pas eu le soutien franc des socialistes dans la gestion de la crise.
Oui, c’est vrai, ce que vous dites, à l’exception de quelques-uns : Emmanuelli, Josselin Premièrement, je pense qu’en France même, il y a eu une énorme manipulation, organisée par certains médias et le gouvernement sans doute. Et quelques autres. Quoique de bonne foi, mais ça n’excuse rien, les socialistes ont été victimes ou complices de cette manipulation. Il y a également une grande part de méconnaissance et d’ignorance. Certains socialistes ont manqué de retenue et de capacité d’autonomie par rapport à la manipulation médiatique. Je suis donc venu ici avec mon ami Jean-Marie Leguen pour rétablir le pont entre les socialistes français, le Président Laurent Gbagbo et la Côte d’Ivoire. C’est le sens de notre mission. On le fera avec conviction et doigté car le Président Gbagbo est un vrai homme de gauche qui a le sens de la solidarité. Il a été confronté à des situations difficiles sur lesquelles nous allons demander une commission d’enquête.
Interview réalisée par Jean-Baptiste Akrou
Envoyé spécial à Yamoussoukro
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lundi, 17 mars 2008
A l'Ouest rien de nouveau
Dans un style très apocalyptique, Tiburce Koffi livre sa (pré)vision de la prochaine échéance électorale ivoirienne, prévue en 2008. (le titre est de la rédaction, ainsi que l'habillage merci à Henry, Thierry et julio pour avoir emprunté leurs illustrations).
“Les menaces d`un rendez-vous de l`apocalypse”
Comme il y a de cela trois ans (à l'approche d'octobre 2005 ? la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s'est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C'est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d'inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l'extermination de l'ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l'opposition pour la composition d'un " Gouvernement de Réconciliation nationale " ou de " large ouverture " (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…
Voilà ce que sont que les élections, en Afrique ? l'Afrique noire, précisément. Et c'est ce que la Côte d'Ivoire de Gbagbo, de Bédié et d'Alassane s'apprête à nous servir sous peu : une consultation tendue, crispante, présage d'une élection calamiteuse et inévitablement conflictuelle. Une élection dangereuse surtout, qui s'offre à mes yeux comme un tragique rendez-vous de l'apocalypse.
A mon avis, et selon toute vraisemblance, ces élections connaîtront trois phases : la première verra se dérouler le plan des refondateurs pour accaparer le pouvoir ; la seconde exposera les scènes classiques qui ornent les décors des élections ''nègres'' : le tableau des tueries (planifiées par le camp présidentiel) ; la troisième dévoilera l'ultime plan qui mettra en relief ce que j'appelle " la folie de Gbagbo " : l'annonce d'une sécession par la création d'un gbagbo land à l'Ouest où le reste de ses troupes va se replier ? en cas de résistance farouche des forces de refus du hold-up électoral qu'il s'apprête à faire ? pour rejoindre le gros des Forces armées du nouvel Etat (L'Eburnie) qu'il aura créé. Rappelez-vous qu'en janvier 2006, il a dit (voir Frat. Mat) que lui aussi créera sa rébellion quand d'autres régimes lui succéderont, en représailles aux contrariétés qu'il a subies durant ses mandats. Dans un cas comme dans un autre, nous sommes au seuil de l'apocalypse et, au-delà les apparences, jamais autant qu'aujourd'hui, notre pays n'a été aussi près du gouffre.
I/ Le plan des refondateurs












