jeudi, 27 octobre 2011

Réalisme ivoirien

Le temps médiatique n'est pas le temps politique, encore moins le temps civile et démocratique.

La Côte d'Ivoire va mieux.

 

Rien de comparable avec ces funestes temps mafieux et fascistes du début de l'année 2011.

Si la "République des mauvaises fois" demeure, la capitale renoue avec la propreté.

Quelques chantiers percent les bords de la lagunes.

Les embouteillages, désormais aléatoires et encombrés de sirènes, ont repris leurs quartiers.

Le racket des barrages routiers laissant la place à des débuts, certes timides, de racket policier aux grands carrefours, mais avec des tenues neuves et le sourire !

Yamoussokro pendant ce temps attends une route et pas une invitation à la mort.

 

Oui, tout va mieux. Il n'en demeure pas moins que faire mieux n'est pas l'objectif.

L'ambition doit être de faire ce qu'il faut en se fixant un cap et en se donnant les moyens.

Le diagnostic est connu. Bien loin des chartes gouvernementales et séminaire de bilan des 100 jours ou l'écart entre l'intention et la réalité est criant et palpable et invite à la moquerie.

Tout ça pour ça ?

 

Quand on croise un ministre (certains) on ne sait plus quoi dire : Monsieur le Ministre ou Monsieur le PDG...36 ministres au gouvernement, certes dans une phase de remerciements de campagne, la politique à ses passages obligés. Mais dans ce contexte, c'est six mois de perdu sur les vrais leviers, car le compte à rebours lui est bien lancé. Des exceptions notables existent, en général ce sont les Ministres qu'on ne voit pas dans la lumière. Trop occupés à travailler et à remettre en état la "chose publique" avec aucuns moyens. Car l'argent n'est pas là. Les promesses et les annonces sont les arbres qui cachent la forêt.

 

Les mauvaises habitudes demeurent et polluent les vrais serviteurs de l'état, ceux de l'intérêt général. Il ne suffit pas de changer l'enseigne pour que la boutique tourne sur de (bonnes) nouvelles bases.

Le Président Houphouet Boigny faisait simple : une vision et deux axes stratégiques :

- la compétence

- la diversité

 

Loin des "c'est pour nous maintenant", l'économie n'attend pas les nominations, les audits rapidement vendus, les copinages de "ceux qui en sont" et les cv de "ceux qui veulent en être".

La crise étant finit, les héros sortent de leur cachette en criant "j'y étais" et en revenant discrètement au Pays avant qu'on ne remarque leur absence. Le vent du changement laisse place à un profond doute. Si le challenge et l'ampleur de la tâche sont énormes, la responsabilité l'est tout autant.

 

Ce n'est pas une histoire ou une excuse de campagne, d'ethnie ou de camps politiques.

Les prochaines élections législatives ne feront que mettre en lumière les divisions internes face à la course aux territoires et potentats. La CFA Académie est de retour. Qui veut gagner des millions ?

Certainement pas les entreprises et les employés, certainement pas les chômeurs.

 

Après plus de six mois de CPE (Crise Post Electorale) les annonces se multiplient à grand renfort de milliards de FCFA. Si les préalables des grands bailleurs sont connus (Sécurité ET élections législatives) il n'en demeure pas moins que l'économie réelle répond à des variables bien connues.

 

L'absence de données sectorielles et conjoncturelles fiables et récurrentes n'aidant pas à analyser les fondamentaux économiques en terme de reprise, de relance, de réhabilitation ou de création.

Les mathématiques et le bon sens demeurant les seuls réflexes à avoir.

 

Prévoir que le taux de croissance du PIB oscillera de -8% à -5% relève alors de la baguette magique. Le reste n'étant qu'un mélange de communication politique et économique très éloigné des réalités quotidiennes. Il suffit de lire la structure du PIB ivoirien et la structuration de son économie pour comprendre qu'avec 5000 entreprises dites modernes (CNPS, Impôt) et un taux de chômage en hausse (50%?), un taux de bancarisation de 7% et donc une économie informelle à plus de 70%, seuls les secteurs des commodities et des infrastructures ont repris. (café, cacao, pétrole, port, construction, etc). On y ajoute les télécoms et les services bancaires (dans un sens seulement).

 

L'économie réelle qui fait la croissance n'a pas repris, il faut rester honnête.

Le secteur privé est en berne, la croissance se fait par les PME PMI.

Le dernier baromètre (et le premier) réalisé par une chambre de commerce de la place est un non sens en la matière.

 

L'économie a besoin de réalisme et de vision. La relance ne peut ignorer cela.

Les fondamentaux son connus : visibilité, modèle économique, accès à un marché viable, différentiation concurrentielle, accès au financement de la croissance, bonne gestion (gestion tout court), différentiation concurrentielle, ressources humaines de qualité, environnement normal (le doing business 2012 est évocateur à plus d'un titre). L'état doit montrer également l'exemple.

 

Les mauvaises habitudes doivent cesser. Faire et dire sans politique de la main tendue mais en créant l'ambiance propice à fédérer les bonnes énergies et les engagements crédibles sources de création de valeur et donc d'emploi.

Si la société civile sénégalaise à bien des raisons de donner des leçons à l'arrogance ivoirienne (Il suffit de se rendre à Dakar ou à Accra pour constater le retard abyssal que la Côte d'Ivoire à pris en dix ans), la capitale ivoirienne se doit de renouer avec la devise nationale : unité, discipline et travail.

 

Seule une génération d'entrepreneur et de manager d'administrations publiques et une accélération sur la formation des talents ivoiriens peut permettre à son économie de se redresser et de se comparer aux meilleures, car la globalisation, c'est avant tout ne plus raisonner avec des frontières et ne plus se replier sur un quelconque ego nostalgique mais se comparer à des critères objectifs et internationaux.

Le Cap Vert n'a pas de café ni de Cacao, il est le grand gagnant du classement Mo Ibrahim 2011.

Le Maroc rejoint les pays émergents ou next eleven du Continent (Afrique du Sud, Nigeria et Egypte).

Dakar devient la capitale TIC de l'Afrique de l'Ouest, Yaoundé celle du développement durable.

 

Cette gestion des talents s'applique à l'état puis à la nation dans tout ses dénombrements socio-culturels.

 

"Les perdants cherchent des excuses, les gagnants cherchent des solutions" Théodore Roosevelt.

 

A chacun son Softpower...

 

Niamkey DLA

 

vendredi, 22 avril 2011

ET SI L’HISTOIRE NE SE RÉPÈTAIT PAS ?

La Côte d’Ivoire referme péniblement le dernier chapitre de son Histoire.
Un troisième Tome est à écrire. Le Tome 2 était bien lourd, indigeste, chargé de haines et de souffrances, de conflits, de mensonges, de « petits meurtres entre amis », de rapines et d’ascension d’un jour ou d’un soir, c’est selon. La république des mauvaises fois doit laisser sa place à une république solidaire, forte, généreuse, riche et durable, qui conduira la nation ivoirienne à sa place : au sein des pays émergents.

18 ans. Il aura fallut l’âge de la majorité pour que le mot « Liberté » soit sur toutes les lèvres. L’âge de la majorité et des premiers choix. Il n’y a ni vainqueurs ni vaincus, surtout pas après un conflit armé. Si la guerre est le prolongement de la politique, elle est toujours un échec. Il y a une nation à bâtir, un pays à relever, une devise et un drapeau à restaurer, des Institutions à renforcer, à créer, des compétences à identifier et à pousser.

Les intentions, les incantations n’y suffiront plus.
Les fondations étaient pourtant solides. Une crise de tant d’années aurait pu faire beaucoup plus mal, sans ces fondations pensées et bien ancrées.
Malgré tout, malgré le racket, le détournement, le gain et la gâchette faciles, l’abandon de l’intérêt général au service d’un clan privé, la structure est encore debout. Il appartient de continuer l’œuvre et bâtir les étages.

Il appartient au prochain Tome de restaurer ce qui doit l’être, inverser ce qui mène droit dans le mûr et inventer, créer et réaliser ce qu’il manque.
La vision est primordiale. A quoi ressemblera la Côte d’Ivoire de 2020?
Quel est le projet de société? Que laisser aux générations futures?

Il s’agira bien sûr de remettre au goût du jour les valeurs cardinales que Feu, le Président Félix Houphouët Boigny nous a léguées :
- la courtoisie, le respect de l’autre et de ses engagements
- la diversité, le vivre ensemble
- la compétence, l’exemplarité, le mérite et l’engagement
- l’humilité, la discipline et la paix
- la simplicité, le goût de l’effort, de la culture et de la joie

La Paix, comme le développement n’est pas un vain mot, c’est un comportement, le fruit du travail bien fait, et répété comme l’artisan, chaque jour, la contribution au projet du collectif, l’état d’esprit qui ne cherche pas d’excuse ou de fatalité mais des réponses et des solutions.

L’état à sa part de travail pour restaurer, l’ordre, la sécurité, les règles, la santé, l’économie. Mais il appartient à chacun, opérateurs économiques, société civile, oisifs, de faire sa part. Comme le disait JFK « Ne te demande pas ce que ton pays fait pour toi, mais ce que tu fais pour ton pays ».

La responsabilité, la conscience, le discernement devront éclairer le chemin, les ambitions collectives nourrir les attentes et les besoins de progrès.
L’Histoire ne doit pas se répéter. L’impunité, la mauvaise gouvernance et l’absence de mémoire de son histoire immédiate ou passée, sont le terreau de l’inertie et de l’anarchie. Si la réconciliation doit animer les cœurs, la justice des hommes doit faire son œuvre.

Après tant de souffrances, tant de morts, de blessés, de réfugiés, le bal des girouettes doit cesser, la communication doit laisser la place à l’action, qui doit être visible, lisible et crédible et obsédée par l’impact qui dure.

La légitimité, la représentativité, doivent guider la chose publique, pour revenir au principe fondateur de La Politique : la gestion de l’impôt au service du bien public.
Les libertés retrouvées dans l’espace public doivent permettre de rassembler, informer, éduquer et divertir, et non plus diviser.
Ne pas reconnaître les erreurs d’hier, ne pas accepter la vérité et la réconciliation, ne fera que souffler sur les braises encore vives.

Que l’installation officielle du nouveau Président de la République, élu un soir de 28 novembre 2010, soit faite dans la plus grande sobriété et avec un protocole retrouvé, au nom et par respect des nombreuses victimes et des longues privations des civils, des citoyens et des acteurs économiques privés et publics depuis cinq longs mois. Que les girouettes ne trouvent plus de clocher. Que la boucle soit bouclée.

Que la relance et l’assistance à toutes les personnes et organisations en danger, deviennent, après la sécurisation, la priorité de la solidarité collective enfin retrouvée en écho aux 85% de participation qui ont appelé au changement pour une vie normale et meilleure.
Que la compétence et le mérite soient les moteurs d’une nouvelle société, contemporaine et traditionnelle, au son de l’effort, de la fraternité et du succès partagés.
Que la Côte d’Ivoire nouvelle montre de quoi elle est capable et redonne son vrai visage à la face du Monde, en criant d’un seul élan « Plus jamais ça ! »
FB

mercredi, 30 mars 2011

Mouamar et Laurent sont sur un bateau...

Dictature, Libye, Côte d'Ivoire, Salon du Livre

mardi, 29 mars 2011

le poète voyageur

Fabrice Koffy, le poète voyageur

Après une enfance passée en Côte d’Ivoire, Fabrice Koffy a élu domicile à Montréal, au Canada. Poète, slameur, chanteur, le jeune artiste de 35 ans partage ses pensées en musique. Un regard mordant et sensible sur la vie urbaine mais aussi sur ses origines africaines.

Fabrice Koffy. © Stéphanie Trouillard, tous droits réservés.

«L’humanité se transforme en épave. Je n’ai pas les règles du jeu, mais bon je pense que l’heure est grave.»

Fabrice Koffy ne déroge pas à la longue tradition des poètes mélancoliques. Avec sa voix douce mais désabusée, ce sont ses tourments qu’il expose. Des mots posés sur son petit carnet qu’il garde toujours à portée de main et qu’il met en musique avec Guillaume Soucy, son guitariste. Les deux hommes, devenus compagnons de route, répètent depuis plusieurs heures leur prochain spectacle. Dans une petite salle de répétition de Montréal, le Québécois propose des rythmes pour donner vie à la parole de l’Ivoirien.

Les yeux clos, Fabrice répète avec minutie les textes de son répertoire. Des morceaux qui ont souvent pour thème l’injustice et la différence: «Les humains ont décidé de se tourner le dos. D’un commun accord, ils prêchent du faux. La famille divisée depuis trop longtemps. On l’a oublié, on est tous du même camp.»

Fruit de deux cultures, le poète est bien placé pour parler de rapprochement entre les peuples. Né en 1975 à Ottawa, au Canada, il a quitté très tôt les terres enneigées pour l’Afrique. Il n’avait qu’un an lorsque son père, qui travaillait dans le secteur de la banque, a terminé son contrat dans la capitale canadienne. Il n’en garde aucun souvenir, juste un passeport et la double-nationalité.

Entre Abidjan et Angers

A Abidjan, il grandit sans se soucier du lendemain. Très sportif, Fabrice préfère jouer au basket ball plutôt que s’asseoir sur les bancs de l’école. Mais ses parents, issus de la classe moyenne, le poussent à réussir dans ses études, la seule voie de la réussite. Une éducation à l’africaine, mais un enseignement en français.

Fabrice regrette de ne savoir parler aucune langue ivoirienne:«J’aurais bien aimé car avec une langue vient une culture, une façon de penser. Cela permet de mieux te définir, de savoir d’où tu viens.»

C’est donc dans la langue de Molière que le petit garçon commence à griffonner des mots sur un carnet:«Une fille m’a brisé le cœur et j’ai débuté une histoire. J’écrivais sans but car je m’ennuyais en classe.»

Malgré son peu d’intérêt pour les cours, ses parents ne lui laissent pas vraiment le choix. Direction la France pour passer son baccalauréat: Bécon-les-Granits, un village près d’Angers: «Histoire de faire de moi un homme».

Une expérience qu’il raconte avec une extrême froideur. Lycée, internat, quelques week-ends passés chez sa tante; le jeune homme vit ce séjour comme une punition:«Je n’ai pas eu d’amis. J’ai eu mon bac et j’étais bien content de repartir.»

Mais c’est un nouveau voyage qui l’attend. Sa famille a programmé depuis longtemps son départ pour le Canada:«La question ne s’est même pas posée. J’avais des cousins qui étaient déjà installés là-bas. Et surtout, les études étaient moins chères car j’ai la nationalité canadienne.»

Le déclic des mots

Sans véritable envie, Fabrice franchit les portes d’une école de commerce à Montréal:«On me demandait 10 de moyenne, j’avais 10 de moyenne. Rien ne me motivait, ni le français, ni les maths, ni la chimie.»

Emprisonné dans ce destin tout tracé, l’étudiant se questionne mais ne trouve toujours pas sa voie: 

«Avoir son diplôme et rentrer en Côte d’Ivoire? Ton père te trouve un boulot, ta mère te trouve une femme, et puis tu achètes une villa, tu as un gosse, une voiture et un chien. Cela me rendait malheureux.»

À 28 ans, il prend enfin la décision qui s’impose et quitte l’école.

Un déclic qui est survenu après une simple rencontre dans un café. Par hasard, il découvre The Kalmunity Vibe Collective, qui rassemble musiciens et chanteurs qui se réunissent une fois par semaine pour des improvisations. Séduit, Fabrice se lance dans le mouvement:

«J’avais des textes. Ils avaient de la musique. C’était comme une solution.»

Il se rend alors compte de son talent et de la force de ses mots. On le compare même à Abd al Malik ou MC Solaar. Devenu officiellement poète, il se produit pour la première fois sur scène en solo et participe même aux prestigieuses Francofolies de Montréal en 2006.

Mais son travail ne prend véritablement tout son sens qu’à la suite de sa rencontre avec le guitariste Guillaume Soucy la même année: «Ma poésie toute seule serait peut-être moins intéressante et vice-versa pour sa musique. Je commence une phrase avec des mots et il la finit avec des mélodies.»

La condition du peuple africain

Ensemble, les deux amis réalisent en 2009 un premier album intitulé Poesic. L’occasion pour Fabrice de se pencher sur ses racines africaines. Sur de discrets accords jazzy de guitare, le Canado-Ivoirien clame qu’il est «le fruit de la colonisation. Larme des ruines qu’ils ont laissées lentement, tranquillement en se faisant une raison. Alors je me demande qui je suis à présent».

Sur un autre titre, il s’interroge sur la dette des pays africains:

«J’entends dire que mon continent doit de l’argent. Mais dites-moi, vous souvenez-vous de ces 400 ans?»

À des milliers de kilomètres de ses origines, Fabrice prend conscience de l’exploitation de l’Afrique:«J’ai réalisé que des gens viennent chez vous, défoncent l’entrée, arrachent la porte du frigidaire, se servent de bière, de beurre, de pain et mangent tout sur le comptoir. Et ils reviennent et ils veulent que tu les payes!»

Sur la situation actuelle en Côte d’Ivoire, le Montréalais a bien du mal à cacher son dégoût. Ses yeux sont encore plus teintés de tristesse. Il ne reconnaît plus le pays dans lequel il a grandi, mais n’arrive à prendre position pour aucun des deux camps:«De l’extérieur on a l’impression que tel a tort et l’autre a raison. Que Laurent Gbagbo ferait mieux de quitter le pouvoir. Mais quand tu es là-bas, tu as plus l’impression que les gens pensent qu’il est hors de question que les États-Unis ou la France viennent dans notre pays et qu’ils ne veulent pas d’Alassane Ouattara.»

Une situation politique explosive qui ne le pousse pas à rentrer. De toute façon, avec son look de Québécois, gros manteau d’hiver et baskets américaines, Fabrice ne se sent plus vraiment à sa place dans les rues d’Abidjan:«Quand je rentre en Côte d’Ivoire, je suis considéré comme un blanc car je ne parle pas comme eux, je ne mange pas comme eux et je ne m’habille pas comme eux.»

Être ce que l’on veut

Le poète reste donc au Québec. Le regard toujours un peu dans le vague, il se dit partout et nulle part à la fois. Homme du monde, il ne se définit pas par rapport à un pays:«J’ai ma place dans l’avion. Je suis un voyageur dans ma tête. Je suis souvent caché dans mes pensées à chercher.»

Côte d’Ivoire, France, Canada et peut-être bientôt le Brésil où le porte sa seconde passion, la capoeira. Un art martial qu’il exerce comme professeur et qui lui permet de joindre les deux bouts.

Fabrice n’est en tout cas ni en quête de richesse, ni de renommée. Il vit au jour le jour entre ses spectacles et ses cours:«Je pourrais changer de vie. Si mon cœur bat demain pour du ping-pong ou de la voile, je suis parti.»

Même s’il paraît toujours bercé de désillusions, l’artiste termine l’entretien sur une note positive. Il avoue avoir un message d’espoir à faire passer:«La vie c’est toi qui la fais, tu peux être tout ce que tu veux. Président ou balayeur, ce sont les mêmes hommes.»

Pour preuve, le futur commercial est devenu poète.

Stéphanie Trouillard (slate.fr)

Enfin !

Nouvelle plateforme 2.0 sur l'actualité africaine, http://fr.watsaa.com/ rejoint les initiatives telles qu'Afrikeo et le réseau www.abidjan.net. 

samedi, 26 mars 2011

Tout ce qui n’est pas analphabète…

A force d’entendre convoquer le panafricanisme au secours des causes les plus problématiques, nos repères se brouillent. Les intellectuels africains – et c’est justice – s’invitent de plus en plus dans l’actualité politique du continent. Mais l’argumentation de certains d’entre eux donne parfois l’insupportable impression que le sort des peuples peut être moins important que celui de leurs dirigeants.

La résolution adoptée le18 mars par le Conseil de sécurité des Nations unies visait à protéger la population civile contre les attaques de l’armée du colonel Kadhafi. Jusque-là, ils étaient bien silencieux, les intellectuels africains, face au sort de ce peuple vaincu par ses propres dirigeants.

 

A peine la coalition s’est-elle mise à détruire la machine de guerre du pouvoir libyen que certains, retrouvant de la voix, se sont mis à crier au colonialisme, sans nous dire ce qu’il aurait fallu faire pour soustraire les populations au courroux du « frère Guide ». A les entendre, on croirait bien que tous ces chars calcinés, stoppés dans leur course par les bombardements, se dirigeaient vers Benghazi pour le carnaval de la Cyrénaïque !

La mode, aujourd’hui, est d’aller faire du panafricanisme à bon marché dans des pays qui ne sont pas le vôtre, sur les souffrances d’autres peuples. En décembre 2010, notre confrère Venance Konan s’en était pris violemment à ceux qui, sous le label d’intellectuels africains, allaient dire aux Ivoiriens quelle imposture leur convenait. Il suffit, parfois, de transposer dans son propre pays la cause que l’on prétend défendre chez les autres, pour apprécier si l’on est ou pas dans la droiture.

Dans le bal des intellectuels outrés auquel nous assistons, il y a, certes, ceux qui s’offusquent de bonne foi. Mais il y a aussi ceux qui croient sauver ainsi quelques petits intérêts personnels. Voilà pourquoi, au-delà des apparats, les Africains ont besoin de savoir d’où parlent les intellectuels. Car leurs engagements présents ou passés peuvent éclairer sous un tout autre jour les poussées panafricanistes des uns et les saillies éblouissantes des autres.

Lorsque seront retombées les passions, les intellectuels africains devraient engager une réflexion collective sur la décence que doit inspirer à tous la soif de liberté des peuples. A l’occasion, ils nous diront quels critères définissent précisément l’intellectuel, sur ce continent, afin que l’on cesse de faire croire aux Africains que tout individu qui n’est pas analphabète est un intellectuel.

dimanche, 16 janvier 2011

La dictature du creux donne de l'écho au vide

La crise prend désormais les tonalités de la comédie tragique.

Dans un contexte tragique alimenté par la mauvaise foi, la roublardise, la honte, la haine, la peur
c’est LG le vainqueur d’aujourd’hui. Et demain ?
Il s’agite, mais agit et parle « mieux », il maîtrise le tempo et a fait d’une brèche un boulevard. Maniant la ruse et le mensonge, alternant le froid et le chaud, la provocation et la manipulation, il ne fait que profiter de l’expression ô combien populaire « Y’a rien en face ». Et, force est de constater, qu’il semblait ne rien y avoir en face, ce matin, lors de l’attaque symbolique de la maison du PDCI, après l’occupation de la maison de Madame Thérèse Houphouët-Boigny.
Allez-vous laisser Yamoussokro et toutes les valeurs cardinales qui ont fondé ce pays ?
Allez vous dormir et parler quand vous avez gagné et qu’on attaque la Nation ivoirienne ?
Allez-vous méditer quand des lettres « D » et « B » apparaissent, la nuit venue, sur les habitations de vos citoyens ? Le compte à rebours est pourtant bien présent, dans le fonds.
On lui accordait 90 jours de liquidité, car il ne s’agit que de cela. Le reste est illusion.
Plus que 45 jours…tic tac tic tac. Lui-même anticipe la « Westernisation » de la suite du combat.

En attendant l’expression médiatique est devenue « c’est lui le méchant et nous les gentils », « aidez-nous, il faut la force ». Les failles de la dernière « mission » (la confusion a été largement faite entre « émissaires » et « médiateurs ») apparaissaient déjà dans la précédente.
Le maillon faible (le Président du Cap-Vert dont le pays est perfusé par l’Angola) a, semble-t-il, contaminé le Président du Bénin (véritable marionnette et « maître courbette » devant LG), les anglophones restant un peu à part, même si les déclarations avant-mission devant la presse sont à 180° de celles effectuées post-mission…

Après une semaine orientée sur l’économie, nous n’acceptons pas que la future semaine soit vaine, elle doit enclencher le mouvement final vers la liberté. Il ne sera pas dit que les ivoiriens sont des moutons. La révolution des anémones (1) aura lieu en Côte d’Ivoire ;

Quel est le bilan après 45 jours depuis l’annonce des résultats ?

Les USA semblent être moins pressés, le réservoirs de sanctions a été bien entamé, une intervention militaire devrait prendre un à deux mois (que ce soit un renforcement du mandat de l’ONU qui sera bloqué par la Russie et la Chine ou l’ECOMOG qui se heurtera aux fissures internes, même si 9 sur 15 pays y sont favorables), la France fait profil bas, les anglais et les hollandais restent pragmatiques évitant les déclarations et privilégiant les actes.
L’UA, représentée par le Premier Ministre Kenyan, est passée de « il faut une intervention armée » à « il faut que les deux se parlent » puis « il doit partir ».
L’armée reste divisée, la balance lui est désormais défavorable, alors on ressort « l’effet Muppet Show », après Me Vergès et Me Dumas, après les réseaux d’extrême droite et des fonds de capote de la Françafrique, notre CEMA refait une apparition médiatique « aux mains nues » emboitant le pas des propagandes violettes, le bleu étant bien pâle dans ce degré fascisant. Une propagande qui contamine, et fait rire…et pourtant, et pourtant, quelle tragédie !

Pendant ce temps les « double-passeport » conjuguent leur discours au gré des pressions et intérêts, tantôt français, tantôt ivoirien, en fonction de leur descendance et de l’argent facile.
On s’invente des maladies, on répète ses discours en face A et face B en fonction de la suite,
on devient réfugiés sanitaires pour partir à Paris, Londres ou ailleurs . Ces rats, roitelets, et autres « putains de la république » vous feront allégeance demain. Pendant ce temps dans les quartiers : silence on tue !

Ce qui révolte le plus, c’est le perçu de « l’inaction d’en face ». La vraie victoire se fera par les actes, loin des incantations et des déclarations successives, des ultimatums hasardeux.
Des actes fondateurs républicains, fédérateurs, porteurs de sens pour le quotidien des citoyens.
La CEDEAO est fautive, elle a permis à LG de gagner du temps et de s’organiser.
Le RHDP est fautif. Il est resté un résistant timide face à des moyens classiques de détournement de pouvoir et d’opinion. On ne change pas une équipe qui gagne.
La nouvelle équipe présidentielle a fait preuve de responsabilité en privilégiant la parole à l’action de la force. Mais force est de constater que face aux enjeux (éviter des morts), LG vous tient, vous provoque, grignote le temps et l’espace. La fenêtre était pourtant idéale, les reports de marche de l’imposteur de la rue, l’attente de la prochaine médiation, les brèches internes du camp LG, l’effet psychologique des sanctions et l’assèchement du porte-monnaie, l’ont touché et affaiblit. Vous n’avez rien fait, et la CEDEAO vient lui redonner de la force. Et il s’en est servi ce matin de l’attaque de la maison du RHDP. La tactique est pourtant connue. Chaud, froid, ….

Aujourd’hui, et chaque jour, au gré de la naïveté tactique et stratégique, des palabres à deux francs six sous, d’un manque de pragmatisme évident, vous avez redonné de la force à l’adversaire et mis en danger la formidable résistance quotidienne des consciences citoyennes de ce pays qui prennent des risques tous les jours, en informant, en parlant, en refusant le travail, refusant de payer des impôts, résistant sans travail juste avec la foi, face aux provocations de chaque jour et la vulgarité des faux vainqueurs et l’absence d’arguments dans un contexte de comptabilité macabre.

LG est pourtant victime de son bicéphalisme marital, et de la fractalisation radicale des derniers de son camp. Il peut tomber par choix de son camp pour une ou un autre continue le combat.
« C’est Dieu qui l’aura voulu ». Dans le discours extrémiste habillé de religiosité et de pensée unique, il sera sacrifié par son camp s’il le faut, on sait qui tient le bâton et mène les brebis à l’abattoir. Que fait-on à ce niveau précisément ? Qui agit sur la tactique d’endormissement face à l’orgueil pour mieux le couper ?

« La meilleure attaque c’est la défense » oui mais tout dépend du contexte, surtout quand on est isolé en un seul lieu. Dans ce cas il faut démultiplier les cellules et encercler pour que les attaques ne puissent se concentrer en un seul temps et un seul espace, pour diviser les ressources et mieux les vaincre. Les Ports, les banques, les transports, l’aéroport, la RTI, les réserves de carburant, l’électricité, l’eau sont les lieux stratégiques, les bâtiments officiels ne sont que des symboles creux à remplir de sens en temps voulu. Des actes économiques garantissant une compensation de la désobéissance citoyenne et l’annulation des factures de décembre et les pertes des opérateurs économiques quelle que soit leur taille, formelle et informelle. Les nominations des décideurs des régies, les condamnations des usurpateurs, le DG du Port, des impôts, de la BECEAO, des FDS en premiers lieux, sans attendre des sanctions étrangères et lointaines. Où sont les listes des hors la loi de la nation prise en otage, officiels, juristes, chef d’entreprise, journalistes, qui confisquent, menacent, pillent les caisses de l’état, incitent à la haine, à la xénophobie, à la violence, à la stigmatisation, aux meurtres ?
Où est l’état républicain qui s’occupent de la nation et non de ses seuls partisans ?
Où sont les positions claires du monde économique et intellectuel ?
Des actes civiques seront posés. A chacun sa part de révolution !

Aujourd’hui les FDS paradent dans les rues, hier elles se cachaient, un jean sous l’uniforme. Abobo a sonné la fin de la récréation. Le peuple a dit NON. Il prend des risques, seul, en première ligne chaque jour et chaque nuit, dans la rue, chez lui, sur Internet, au téléphone, aucun soldat de l’ONU ne le protège, les fournisseurs se font dévalisés sous leurs yeux. Silence on enlève, on tue, on intimide. Et chaque jour nous restons optimistes, aujourd’hui réalistes pour trouver la force face aux errements. Chaque jour vous perdez des soutiens, préférant se concentrer sur leur quotidien, ou rejoindre « les garçons » que vous alimentez.
Vous êtes les seuls responsables de cette situation et de notre découragement.
Quel est l’objectif ?

Perdre et sacrifier cette belle page écrite lors des deux tours de cette élection où 80% des ivoiriens ont dit « on veut que ça change » ? En 45 jours la promesse n’a pas été tenue.
Nous vivons au rythme des communiqués de presse et assistons impuissants à votre déclin. Le peuple doit prendre le relais. La patience a ses limites, nous ne cautionnerons pas.
Seul le résultat compte désormais, nous n’attendrons pas que Janvier se termine. 2011 ne peut être davantage contaminée par un drapeau souillé, des résultats déchirés, des consciences achetées. Dieu n’a rien à voir « dans ça ». C’est notre destin, personne ne peut plus jouer avec.
La classe politique à montrer ses limites depuis 1993, en 17 ans…tout ça pour ça ?!!
La République a parlé. Nous avons fait notre travail, si vous ne faîtes rien avec, nous continuerons à faire le nôtre.

Il est temps de réagir et de montrer qui est le vrai patron de la Côte d’Ivoire.
Il est temps d’agir et de reprendre le tempo.
Il est temps d’expulser physiquement cet étranger du pays de la Paix et d’écrire une nouvelle page de notre histoire avec un grand « H ».
Vous ne nous ferez pas croire que des accords officieux ou officiels ne sont pas possibles avec les partenaires habitués à ce genre d’opération que tout le monde attend.
Vous ne nous ferez pas croire que vous aimez vous faire rouler dans la farine.

Vous ne nous ferez pas croire que vous n’avez pas le droit national, régional, international et mondial pour vous, et que de temps en temps l’histoire ne sait pas trouver postures face à l’ignominie, le mensonge, la trahison, la haine, la tricherie, la haine, la religiosité politique, les dérives épiscopales, les évangiles de la haine et de la race suprême, et ce coup d’état militaro institutionnel.

Vous ne me nous ferez pas croire que les cerveaux en état de marche et d’écrire choisiront le silence et la couardise complices. Vous ne nous ferez pas croire que la misère sociale sera l’éternelle abonnée des marketers de la foi et que les cinémas ne redeviendront pas ce qu’ils étaient. Vous ne nous ferez pas croire qu’il n’y a que des moutons en cette terre de paix fondée sur la compétence et la diversité. Vous ne me ferez pas croire que la RTI continuera son esclavagisme et son jus de « prêt à penser » confondant nation et patrie et rejetant « l’autre ».

Vous ne nous ferez pas croire que 84 personnes peuvent bloquer vingt millions d’autres,
84 personnes étouffées par leur orgueil ne sont pas à l’abri d’un effet domino, d’une trahison utile, ou d’un enlèvement pendant que la RTI se coupe. Vous ne nous ferez pas croire que le CCI ne peut-être réhabilité par un décret présidentiel, reformant ce que les militaires ont sûr faire : se réunir entre FDS et FAFN. Vous ne nous ferez pas croire que vous n’entendez pas ces millions de voix crier à l’unisson la victoire confirmée comme un soir de match de coupe du monde et envahir d’un seul son assourdissant la ville, une fois l’annonce faite !!!

La Guinée, la Tunisie deviennent des exemples. L’Algérie, le Sénégal, le Gabon, le Congo retiennent leur souffle. Le Peuple aura toujours le dernier mot. L’avez-vous oublié ?
Choisissez notre destin ou baissez pavillon.
La résistance dans la légitimité paraît cependant plus facile.

Ne croire en rien est impossible à nos yeux.
Face à l’infamie l’on doit s’indigner.
Face à l’inertie l’on doit agir.
Face à l’inacceptable l’on doit réussir.
Ne jamais laisser tomber, toujours se relever, et combattre pour le bien de nos enfants.

La politique c’est d’abord la cité, le peuple. La démocratie moderne n’est pas la prise en otage de la minorité ce sont les contre-pouvoirs quand quelque uns la confisque.

Deux traités centenaires résument la modernité de l’action politique, à son stade civil et miliaire.
- Le Prince de Nicolas de Machiavel vient d’Italie, il a été le premier traité politique sur la gouvernance du pouvoir, il se résume à « La Fortuna y la virtu ». C’est à dire que face au destin, la fatalité (Fortuna) il y a l’action vertueuse, l’engagement éclairé, (La virtu).
- l’Art de la Guerre de Sun Tzu, ouvrage plus ancien, qui vient de Chine, dont voici un extrait en guise de conclusion.


L’art de la guerre
Article VI Du plein et du vide

Sun Tzu dit : Je dis que la victoire peut être créée ; même si l'ennemi est en nombre, je peux l'empêcher d'engager le combat ; car, s'il ignore ma situation militaire, je peux faire en sorte qu'il se préoccupe de sa propre préparation : ainsi je lui ôte le loisir d'établir les plans pour me battre.

I. Détermine les plans de l'ennemi et tu sauras quelle stratégie sera couronnée de succès et celle qui ne le sera pas.

II. Perturbe-le et fais-lui dévoiler son ordre de bataille.

III. Détermine ses dispositions et fais-lui découvrir son champ de bataille.

IV. Mets-le à l'épreuve et apprends où sa force est abondante et où elle est déficiente.

V. La suprême tactique consiste à disposer ses troupes sans forme apparente ; alors les espions les plus pénétrants ne peuvent fureter et les sages ne peuvent établir des plans contre vous.

VI. C'est selon les formes que j'établis des plans pour la victoire, mais la multitude ne le comprend guère. Bien que tous puissent voir les aspects extérieurs, personne ne peut comprendre la voie selon laquelle j'ai créé la victoire.

VII. Et quand j'ai remporté une bataille, je ne répète pas ma tactique, mais je réponds aux circonstances selon une variété infinie de voies.


Le Collectif de la Renaissance Ivoirienne
Abidjan, le 15 janvier 2001
(1) Anémone ; fleur signifiant la rupture ou la renaissance