vendredi, 26 mars 2010
La côte d'ivoire perd le nord
Mon frère, ma sœur, du nord ; mon frère, ma sœur, toi que l’on veut absolument situer au nord, même si tes racines sont solidement implantées depuis des générations au sud, au centre, à l’est, à l’ouest.
Lorsque les deux héritiers du père se battaient pour le pouvoir, tu avais sincèrement cru que derrière celui qui te ressemblait par le nom, c’était toi que l’on visait. Tu avais sincèrement cru que l’on voulait t’exclure de ce pays qui est aussi tien. Tu n’avais pas totalement tort. Tu as certainement dansé de joie lorsque celui qui te martyrisait fut renversé par un coup d’Etat. Le balayeur disait qu’il était venu te redonner ta dignité. Tu y as cru. Mais ta joie fut de courte durée. Les mêmes mots qui t’excluaient étaient à nouveau utilisés par celui que tu avais pris pour ton libérateur. Avec le soudard, ton sang commença à couler. Et depuis lors il n’a jamais cessé de couler. Le balayeur fut balayé à son tour. Ton sang coula le jour-même où il fut balayé. Il coula le jour où un nouveau pouvoir s’installa. Il coule chaque fois que tu veux ouvrir la bouche. Tes femmes furent violées par la soldatesque et tes enfants pourchassés. Tu as sans doute applaudi et dansé encore de joie le jour où certains de ces enfants que l’on avait confinés dans des pays étrangers prirent les armes pour revendiquer ta place dans ce pays tien. Tu encourageas peut-être secrètement ton propre fils à rejoindre les rangs de ceux que tu prenais pour tes libérateurs. Ils disaient qu’ils avaient pris les armes pour que tu aies une carte d’identité, le droit de voter, d’être éligible, de cultiver ta plantation dans la quiétude. Ils voulaient que tu aies les mêmes droits que tes autres compatriotes. Ils voulaient que ton pays soit effectivement ton pays. On avait décrété que ta région était inutile, et cela, tu le refusais. Certains de tes enfants tombèrent sous les balles. Mais tu pensais que c’était le prix à payer pour ta liberté, pour la liberté des futures générations. A quoi as-tu assisté, mon frère, ma sœur du nord ? Ta région étant la partie la plus inutile du pays comme cela avait été décrété, cela ne servait à rien d’y investir. Tes enfants ne sont plus allés à l’école. Tu n’as plus eu le droit de te soigner décemment, encore que sur ce plan, tu es à la même enseigne que tes autres compatriotes. On t’a laissé tomber. Tes enfants n’avaient même pas le droit d’être vaccinés. Qu’ont fait tes libérateurs pendant ce temps ? Ils se sont transformés en tes bourreaux. Ils ont pillé les banques, les entreprises et toutes les ressources de ta région qui te faisaient vivre. Qu’ont-ils fait de ton coton, de ton anacarde ? Ils ont violé et prostitué tes filles. Ils ont enfermé tes fils dans des containers jusqu’à ce qu’ils meurent. Ils les ont mitraillés, égorgés, puis ils ont brûlé leurs corps. A quoi assistes-tu aujourd’hui mon frère, ma sœur du nord ? Ceux qui disaient qu’ils venaient te libérer ont pactisé avec celui qui te martyrise aujourd’hui, celui qui refuse ton existence. Ta carte d’identité ? Aux oubliettes. Tes droits les plus élémentaires ? Plus bafoués que jamais. Tes plantations ? On continue de te les arracher. Ton droit de vote ? On dit que tu infectes les listes électorales qui ont besoin d’être désinfectées. Que dit celui qui disait avoir pris les armes pour te libérer, pour te donner ta dignité de fils de ce pays ? Il se bat de toutes ses forces pour maintenir ton tortionnaire au pouvoir. Pas une seule fois il n’a protesté chaque fois que tu as été battu, racketté, dépouillé par la soldatesque. Pas une seule fois il n’a protesté lorsque ce mot infect de « désinfection » a été prononcé. Mon frère, ma sœur du nord, mon frère, ma sœur, assimilé malgré toi à un nord que tu ne connais peut-être pas, c’est pour en arriver à cela que ton sang a si abondamment coulé sur cette terre ? Est-ce pour cela que tu as sacrifié ta vie, que tes femmes ont sacrifié leur honneur, leur dignité ? Tes propres fils te font croupir dans la misère. Y a-t-il pire trahison que celle du fils ou du frère ? Mon frère, ma sœur, te reconnais-tu encore en ces hommes qui se pavanent dans des voitures de luxe achetées avec ton sang, avec l’argent de ton coton, de ton riz que l’on a arraché de ta bouche ? Te reconnais-tu encore en ces hommes entourés de griots aux bouches menteuses qui chantent leur gloire usurpée ? Quelle gloire y a-t-il à se vautrer dans le sang, dans la sueur de ses propres parents ? Quelle gloire y a-t-il à exhiber devant sa victime la fortune que l’on lui a volée ? Te reconnais-tu en celui qui est devenu le complice de celui qui veut te jeter dehors ? Qu’attends-tu mon frère, ma sœur, pour lui dire qu’il t’a trahi et que tu lui dénies le droit de parler désormais en ton nom, parce qu’il a pris les armes, non pas pour combattre celui qui faisait couler ton sang, mais pour sucer lui aussi ton sang et ta sueur ? Tu l’as compris, mon frère, ma sœur. Personne ne viendra te libérer. Ta libération, tu l’obtiendras tout seul. Ce qu’il te reste à faire est de te lever et te mettre debout pour tes droits comme te le demande Bob Marley. Ce jour-là, mon frère, ma sœur, tu ne seras pas seul. Parce que ce jour-là, il n’y aura plus de nord ou de sud ou d’est ou d’ouest. Il y aura les citoyens d’un pays qui veulent vivre dans la paix et dans la fraternité. Il y aura tous les hommes et toutes les femmes épris de liberté et qui sont fatigués de voir leur pays devenir le jouet d’irresponsables qui ne tirent aucune leçon de leur histoire, même la plus récente. Il y aura avec toi tous les hommes et toutes les femmes qui veulent sortir leur pays de l’archaïsme et de la barbarie. Toutes ces femmes et ces hommes qui n’accepteront plus que l’on viole ton droit. Parce que ton droit, c’est aussi le leur.
Venance Konan
email : venancekonan@yahoo.fr
12:20 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : venance konan, côte d'ivoire, foncier, ivoirité, nord
samedi, 13 février 2010
Nova Buzz
Merci régis pour le post sur Terra Nova.
http://ebizivoire.blogspot.com/2009/10/terra-nova-recreer-du-lien-social.html
09:24 Publié dans La tribu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abidjan, côte d'ivoire, culture, terra nova, jeune afrique, carrefour interculturel
Et alors ?
Le vendredi dernier une amie très chère m’a appelé de Bouaké pour me dire qu’il n’y avait plus d’électricité dans la ville depuis 30 heures. L’eau aussi venait d’être coupée et on ne pouvait plus utiliser les téléphones cellulaires. Malgré toute l’amitié que j’ai pour cette dame, j’ai eu envie de lui dire « et alors ? »
Oui, Catherine, on a coupé l’électricité et l’eau à Bouaké, et alors ? Qui veux-tu que cela dérange dans ce pays ? Souviens-toi, en novembre 2004, on a coupé l’eau, l’électricité et le téléphone dans tout le nord du pays pendant plusieurs semaines. Cela avait commencé le jour de nos bombardements sur la zone rebelle. Les bombardements ont duré trois jours. Mais l’eau, l’électricité et le téléphone sont restés coupés pendant des semaines. Qui s’en est offusqué ? Qui s’est plaint ? Ces bombes avaient d’ailleurs tué plusieurs autres personnes en dehors des soldats français et de l’Américain. Qui a parlé de ces personnes ?
En mars 2004, on a tué au moins 120 personnes à Abidjan à l’occasion d’une marche projetée par l’opposition. Qui parle de ces morts ? Qui a porté plainte contre ce massacre ? Même l’opposition dont ils étaient des militants, l’as-tu entendue ? L’as-tu entendue menacer, ne serait- ce que pour la forme, de se retirer du gouvernement en signe de protestation contre ce massacre ? Nous serons bientôt en mars. Tu verras si une seule personne de cette opposition ira déposer ne serait-ce qu’une simple fleur sur la tombe de l’une de ces victimes, ou appellera à une minute de silence, juste une seule minute, en leur mémoire.
Tu verras, Catherine, tu verras. Souviens-toi encore, il y a deux ans, une grenade avait déchiqueté neuf enfants le jour de l’an à Bondoukou. Plusieurs autres avaient été grièvement blessés. C’était pendant la période où un bâtiment avait pris feu à la RTI. Toute la Côte d’Ivoire avait défilé à la télévision pour pleurer sur le bâtiment en partie seulement endommagé. Il y a eu les évêques, les imams, les partis politiques, les syndicats, les chômeurs, les transporteurs, les prostituées, tout le monde. Qui as-tu vu verser une larme ou aller apporter un peu de compassion aux familles des enfants tués, et aux blessés ? Aucun évêque, aucun imam, aucun pasteur. Il a fallu plus d’un mois avant que la ministre Peuhmond ne daigne aller rendre visite aux blessés.
Que vaut une vie humaine dans ce pays ? Qui s’est d’ailleurs préoccupé de savoir d’où était venue cette grenade ? Sous nos yeux, ici, des gens de la FESCI ont tué le jeune Habib Dodo et sauvagement violé une jeune fille sur le campus, des gardes républicains ont tués un certain Badolo. Cela fait des années que je m’égosille pour demander justice pour tous ces gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. As-tu entendu une seule voix me répondre ? As-tu compté tous les morts qu’il y a eu dans ce pays depuis 2002 ? Qui pense à eux ? Qui pense à ceux que les rebelles ont sauvagement tués à Bouaké, les gendarmes et leurs enfants assassinés, Marcellin Yacé, les gens que Fofié a enfermés dans des containers, ceux que les escadrons de la mort ont tués, qui pense à eux ? On a coupé l’électricité et l’eau à Bouaké, à Ouellé, à Niakara, et alors ? Tout comme cette guerre de 2002 dont nous avions été prévenus plusieurs mois à l’avance, les responsables de la CIE et de la SODECI nous avaient avertis depuis plusieurs mois que nous risquions d’avoir des problèmes d’approvisionnement en électricité et en eau. Qui s’est-il senti concerné par cela ?
De nos gouvernants à nous-mêmes, toi et moi compris, qui s’est senti concerné ? Ceux qui ont les moyens de s’offrir des groupes électrogènes l’on déjà fait. Le reste de la population ? Il n’a qu’à avoir les moyens de s’acheter des groupes électrogènes, c’est tout ! Si la population ivoirienne n’a pas encore compris que son sort laisse tout le monde totalement indifférent, eh bien, tant pis pour elle ! La Sir et Gestoci nous ont déjà dit qu’on risque de ne plus avoir de carburant. Et alors ? Qui voulez-vous que cela dérange ? Vous croyez qu’on n’a rien d’autre à faire ?
Depuis des années nos marchés, magasins, administrations, maisons, et plantations brûlent les uns après les autres. Tout le monde en connaît les raisons : branchements électriques anarchiques, bouches d’incendies obstrués par les magasins, malveillance, mais qui cela préoccupe-t-il ? Bernabé est parti en fumée ? Le « black market » aussi ? Et alors ? Avant eux ce fut Orca, les marchés de Cocody, de Treichville, de Yamoussoukro...La vie n’a-t-elle pas continué ?
Tu le sais bien, Catherine, la seule chose qui nous intéresse est qu’aucun Burkinabé ne s’inscrive sur notre liste électorale. Pour ça, oui, nous sommes prêts à descendre dans la rue, hurler notre colère, sortir nos machettes et gourdins. Pour tout le reste, on s’en fout complètement. Le pays peut brûler comme c’est le cas en ce moment, on peut vivre dans l’obscurité, sans eau courante, sans rien à manger, on peut augmenter tous les prix comme on veut, on peut nous déverser toutes sortes de déchets toxiques sur la tête, nous tuer tous un par un, on s’en fout complètement.
Mais gare à l’étranger qui voudra voler notre belle nationalité ! Catherine, j’en suis désolé, mais ton pays est peuplé de « moutons ». Nous ne pousserons pas un seul cri lorsque l’on nous passera le couteau sur la gorge. Alors, s’il te plaît, ne viens plus nous déranger pour tes problèmes d’eau et d’électricité pendant que nous sommes en train d’achever la construction de nos nouveaux palais, de satisfaire nos maîtresses qui deviennent de plus en plus exigeantes (elles veulent maintenant la nouvelle voiture que Peugeot est en train de fabriquer en Chine pour les Chinois), et pendant que nous sommes en train d’apprêter nos costumes et robes pour célébrer les cinquante ans d’indépendance de notre pays.
lundi 8 février 2010 par Venance Konan, écrivain journaliste. / Email : venancekonan@yahoo.fr
09:01 Publié dans Spirit of Africa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abidjan, crise ivoirienne, gouvernance, venance konan, 2010, délestage, mars 2004, rti, bouaké, l'inter
mercredi, 10 février 2010
Farrotage
Libre Opinion : Le farrot
Bonjour,
Je profite de la défaite des éléphants face à l’Algérie pour rebondir sur le problème majeur de mon pays : La déliquescence de la société ivoirienne.
Nous passerons des heures et des journées à jaser sur la contreperformance de notre équipe en 1 /4 de finale de la coupe d’Afrique des nations 2010.
Je pense pour ma part que ce n’est pas imputable à l’entraineur sinon ce serait en ce moment du baby foot. Comme tous les ivoiriens, Drogba et les autres peuvent ils avoir le sens de l’honneur, la conscience professionnelle, c'est-à-dire faire d’abord ce pourquoi nous avons été appelés avant de faire la fête ? Avant de faire le beau ?
La Cote d’Ivoire aujourd’hui ressemble à l’Hôtel Ivoire : Une belle architecture, un nom de prestige, mais à l’intérieur ; un plancher pourri, une ampoule sur trois fonctionne, une moquette d’une moisissure à vous donner une grippe H+ N+.
Sur tous les plans, la politique, l’éducation, la culture, la santé, les médias, la sécurité, les ménages, etc. On est en chute libre.
Avons-nous seulement conscience du pays sans couleur, sans odeur, et sans saveur que nous nous apprêtons à livrer à nos enfants ?
Nos enfants, justement parlons –en. Des parents qui mentent et apprennent à mentir à leurs enfants, des parents qui volent aux yeux de leurs enfants pour qu’ils retiennent de nous que paraitre est mieux que être. Un jeu sans fond.
La relation entre le professeur et l’élève, entre le détenteur du savoir et le néophyte. Tant pis si on n’a pas le niveau, c’est le diplôme qui est important ; quitte à l’acheter. Et on se retrouve avec des diplômés qui ne savent ni lire, ni écrire encore moins tenir une discussion. Que vaut vraiment un diplôme ivoirien d’aujourd’hui sur l’échiquier international et pour combien de temps ? Un jeu sans fond.
Au nom de quel éthique, au nom de quel faim, mais diantre, au nom de quoi avons-nous laissé des voleurs-bruiteurs venir se produire dans notre palais de la culture ? Pour des billets de banque à provenance douteuse jetés ça et là ?
Aujourd’hui il devient de plus en plus difficile pour un ivoirien d’avoir une subvention pour monter son spectacle ou un festival. « C’est la situation du pays », on me dira. Mais c’est aussi et surtout par manque de confiance, par défaut de crédibilité : Quand nous recevons une subvention, nos premiers calculs, c’est d’abord les 4/4, le festival après. N’est-il pas possible de bien faire le travail et la java après, le farrot après ? Mais avons du cœur, de l’honneur ? L’artiste ne se soucie plus de sa formation, de son bagage culturel. Alors avec un discours creux et vaseux il se produit et son jeu s’en ressent. Un jeu sans fond.
Comment se sent le médecin qui vole des médicaments à ses patients au péril de leurs vies, revend ces médicaments et achète des cadeaux ou de la nourriture pour ses enfants avec cet argent ?
Le douanier qui prend de l’argent en fermant les yeux sur la cargaison d’armes qui servira à attaquer son pays et à tuer ses frères, a-t-il du remords ?
Que dit le policier à son épouse quand il lui remet l’argent du racket ?
« Pays de l’hospitalité », non, nous offrons à notre étranger une planche pourrie, et il tombe, et il se fracasse la jambe, et nous dansons.. Un jeu sans fond.
Chers ivoiriens, Monsieur Drogba, Monsieur Touré et Yaya et les autres, je voudrais nous rappeler que la seule fois pour l’instant que nous avons ramené la coupe d’Afrique des nations chez nous, c’était avec un entraineur africain et une équipe qui avait 70 pour cent de joueurs locaux !
Faisons avec ce qu’on a, avec ceux qu’on a. Jouons ce que nous valons.
Si un peuple a le chef qu’il mérite,
Les artistes qu’il mérite,
La police qu’il mérite,
Les enseignants qu’il mérite,
Les docteurs qu’il mérite,
le président de fédération qu'il mérite…
Alors il a les joueurs qu’il mérite.
La Cote d’Ivoire aujourd’hui n’est plus que le reflet de ce qu’elle a été.
Si ça a été, c’est que ça peut l’être encore.
C’est dans ce contexte que nous nous apprêtons à célébrer le cinquantenaire. De quoi ?
Merci de réagir et de faire passer.
NB: pour la question unique des "éléphants" , les priver de la 1ere coupe du monde jouée en Afrique serait une bonne punition pour "ces gens suffisants,tricheurs,sans vergogne,indignes,immature et sans honneur"
09:08 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abidjan, côte d'ivoire, crise ivoirienne, 2010, football, éducation, éléphants
mercredi, 07 octobre 2009
corruption ?
Afrique : les nouveaux visages de la corruption
Afrique : les nouveaux visages de la corruption© Glez
Dirigeants politiques suspectés, hommes d’affaires peu scrupuleux, citoyens rançonnés... La lutte contre ce fléau est loin d’être gagnée dans les pays subsahariens. Un constat partagé par Transparency International, qui vient de publier son rapport mondial.
Son goût immodéré pour les chaussures italiennes a bien failli lui coûter très cher. Mais finalement, l’ancien président zambien Frederick Chiluba, poursuivi pour corruption et détournement de fonds publics, a été relaxé le 17 août par la justice de son pays. Après cinq années de procédure, le ministère public n’a pas réussi à prouver la culpabilité de l’accusé, qui risquait jusqu’à cinq ans de prison ferme pour une indélicatesse estimée à 500 000 dollars.
Comment cet ancien leader syndical pouvait-il dépenser plusieurs dizaines de milliers de dollars dans une boutique de mode de Genève, alors que son salaire de chef de l’État ne lui permettait pas de payer le dixième de ces achats ?
Costumes de marque, cravates griffées, pyjamas de soie, sans compter une bonne centaine de paires de chaussures sur mesure… Chiluba ne mégotait pas, rétribuant son fournisseur helvétique par pleines valises de billets de banque. Mais la relaxe prononcée en sa faveur vient mettre un terme définitif aux « tracasseries » dont l’ex-président se dit victime depuis qu’il a quitté le pouvoir. Un épilogue qui tend à prouver qu’après une décennie de combats, les militants de la lutte anticorruption semblent aujourd’hui perdre du terrain. Et pas seulement en Zambie.
« Nous vivons une époque de retour en arrière », constate Daniel Kaufmann, ancien directeur de l’Institut de la Banque mondiale devenu expert auprès du think-tank américain Brookings Institution. Il est vrai que « les quelques commissions anticorruption qui ont eu le courage de mener le combat en Afrique » ont de plus en plus de mal à remplir leur mission. Ceux qui les dirigent restent à la merci d’un limogeage brutal et font régulièrement l’objet de menaces, qui peuvent les contraindre à l’exil.
Retour en arrière
Au Nigeria, pays réputé pour sa richesse pétrolière et la concussion de ses élites, l’ex-président de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) a dû quitter le pays en décembre dernier pour trouver refuge au Royaume-Uni. Nommé sous le régime d’Olusegun Obasanjo, Malam Nuhu Ribadu a été mis à l’écart par les nouvelles autorités à la suite de l’élection d’Umaru Yar’Adua en avril 2007. Les menaces de mort dont il a fait l’objet l’ont conduit à s’établir à l’étranger. Ce parcours n’est pas sans rappeler celui de John Githongo, le « Monsieur Propre » du Kenya jusqu’en 2005. Ancien chef de la Commission anticorruption kényane, il a lui aussi préféré jeter l’éponge et s’exiler au Royaume-Uni.
Autre changement majeur, en Afrique du Sud, où l’unité d’élite des Scorpions a dû céder ses dossiers relatifs à la corruption aux enquêteurs de la Direction pour les opérations spéciales (DPCI), surnommés les Faucons. Ce transfert de compétences intervenu en juillet est lourd de conséquences, puisque la nouvelle unité est rattachée à la police nationale, tandis que les Scorpions, créés en 1999 par l’ancien président Thabo Mbeki, dépendaient directement de la justice. Cette indépendance vis-à-vis de l’exécutif leur avait notamment permis d’enquêter sur des personnalités au pouvoir, à commencer par Jacob Zuma, alors vice-président. Son nom est en effet apparu dans l’enquête menée sur le trafic d’influence dont se serait rendu coupable le groupe français Thales pour décrocher un contrat de vente d’armes à Pretoria. En juin 2005, Zuma a même été démis de ses fonctions par Thabo Mbeki avant d’être inculpé pour corruption. Ce qui ne l’a pas empêché de se faire élire à la présidence de la République quatre ans plus tard. Depuis son accession au pouvoir, Jacob Zuma a pris soin de faire le ménage. Les Scorpions ont été démantelés, et leur chef, Leonard McCarthy, a été prié d’aller exercer ses talents ailleurs : le 30 juin dernier, il a pris la tête de la division antifraude de la Banque mondiale.
Destabilisation téléguidée
La lutte contre la corruption peut facilement donner matière à des règlements de comptes politiques. D’autant que les personnes qui l’incarnent s’attaquent à des intérêts très puissants. Ainsi le vérificateur général du Mali,Sidi Sosso Diarra, a été suspecté en mars dernier d’avoir pioché dans les fonds de son administration pour ses besoins personnels. Durant la même période, il a dû s’expliquer devant un juge d’instruction pour une « entrave à la liberté du travail » suite à la plainte de collaborateurs licenciés. Diarra a dénoncé une tentative de déstabilisation téléguidée par ceux que son travail dérange, tout en assurant qu’il ne renoncerait à aucun prix. Le rapport annuel publié par ses services en juillet est tout aussi incisif que les précédents. Après audit des comptes de divers services et entreprises publiques du Mali, il dénonce un manque à gagner pour l’État de 98 milliards de F CFA (150 millions d’euros), dont 40 % imputables à des fraudes.
Si les hérauts de la lutte contre la corruption sont souvent la cible de ceux qu’ils combattent, au moins peuvent-ils compter sur une relative protection de l’administration. Il n’en va pas de même pour les membres de la société civile. « Quand un fonctionnaire devient trop gênant, on le mute. Quand un militant devient trop remuant, on le bute », répond avec ironie un responsable associatif actif en Afrique centrale. Le 8 avril, à Bujumbura, Ernest Manirumva, vice-président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome) était assassiné à son domicile par des tueurs à gages, alors qu’il enquêtait sur des malversations dans les services de police.
Le rôle des opinions publiques
Malgré une mobilisation de plus en plus forte, la lutte est loin d’être gagnée. Les premiers jalons ont été posés dans les années 1990, avec la création de Transparency International (TI) par l’Allemand Peter Eigen, ancien directeur de la Banque mondiale. Depuis, un nombre croissant d’organismes internationaux comme le FMI ou la Banque mondiale ont suivi le mouvement. Parallèlement, « des ONG comme Human Rights Watch ou Global Witness ont constitué une coalition mondiale – Publish What you Pay (PWYP) –, dont le but est de combattre l’opacité des transactions financières liées à l’exploitation des ressources naturelles, notamment dans le secteur pétrolier », explique Marc Ona Essangui, coordinateur du mouvement au Gabon. Il est vrai que cette mobilisation internationale a permis aux militants africains d’adopter une approche plus franche et décomplexée d’un phénomène longtemps frappé par l’omerta. Mais après une décennie de combats, « il y a plus de déclarations d’intentions que d’actes concrets, regrette Marc Ona Essangui. Au Gabon, par exemple, l’exploitation du domaine forestier reste soumise à des circuits de corruption bien huilés malgré l’adoption d’un code forestier, qui n’est que partiellement appliqué ».
Un sentiment que partage l’économiste malien Karamoko Kané, auteur d’une étude, La Corruption des fonctionnaires africains (éditions Clé, Yaoundé, 2009). « Si l’on se base sur les enquêtes de Transparency, observe-t-il, il n’y a pas eu de progression spectaculaire en Afrique au cours des dix dernières années. En revanche, les opinions publiques sont de plus en plus sensibilisées à ce phénomène. Le premier instrument de lutte anticorruption, c’est la mobilisation générale de la société. A contrario, une société qui célèbre les escrocs constituera toujours un terreau favorable. »
Cette prise de conscience a-t-elle modifié les circuits traditionnels des pots-de-vin ? Pour Karamoko Kané, « sont révolus les temps où la lutte contre la corruption était un alibi facile pour les faiseurs de coups d’État qui, après avoir dénoncé et renversé les dirigeants en place, se lançaient immédiatement dans l’accumulation frauduleuse de fortunes personnelles. Le style Mobutu ou Abacha est passé de mode… Mais l’avènement de la démocratie multipartite a eu peu d’effets bénéfiques sur l’efficacité de la lutte contre la corruption. Les méthodes ont simplement changé. »
Résultat, selon l’Union africaine, « les ressources gaspillées du fait de la corruption en Afrique atteignent 25 % du PIB total du continent », rappelle l’avocat camerounais Akere Muna, vice-président de Transparency. Soit un manque à gagner évalué en 2002 à 150 milliards de dollars par an… et sans doute plus aujourd’hui. « Pour la Banque africaine de développement (BAD), ce fléau conduit à la perte d’environ 50 % des recettes fiscales annuelles et engendre une augmentation des prix proche de 25 % », poursuit-il. Quant au rapport mondial 2009 de Transparency sur la corruption dans le secteur privé, publié le 23 septembre, il dresse un constat accablant. Les pots-de-vin versés à des politiciens et à des fonctionnaires sont estimés à 40 milliards de dollars par an dans les seuls pays en développement. Cette corruption endémique entraîne une hausse du coût des projets d’au moins 10 %.
Les pauvres, premières victimes
Si le phénomène coûte très cher aux États, il pénalise surtout les plus démunis. Loin des salons feutrés où se concluent les petits arrangements entre ministres et représentants des multinationales de l’armement ou du BTP, l’Africain lambda paie, lui, le prix fort. Les ménages économiquement faibles dépensent en moyenne de 2 % à 3 % de leur revenu en pots-de-vin. Le phénomène est désormais omniprésent dans certains pays, comme en témoigne le « Baromètre mondial de la corruption » 2009 publié par TI en juin dernier. Selon cette enquête réalisée dans 69 pays auprès de plus de 73 000 personnes, 40 % des sondés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord déclaraient avoir payé un pot-de-vin au cours des douze mois précédents, contre « seulement » 26 % en Afrique subsaharienne (et 10 % en Amérique Latine, 5 % dans l’Union européenne, ou bien encore 2 % aux États-Unis). Toutefois, au Liberia, en Sierra Leone, en Ouganda et au Cameroun, plus de 50 % des sondés affirment avoir versé un bakchich sur les douze mois écoulés.
L’enquête de TI tente également d’établir une hiérarchie de la corruption dans les services publics. Champions toutes catégories : les fameux corps habillés (en uniforme) – rebaptisés « corps à billets » en Afrique francophone, ou encore « mange-mille » en raison de leur insatiable appétit pour les coupures de 1 000 F CFA. Ainsi, 24 % des sondés ayant eu un contact avec les forces de l’ordre au cours de l’année précédente ont dû verser un pot-de-vin ; 16 % des personnes ayant été en contact avec le système judiciaire et 15 % des personnes ayant eu des relations avec les services fonciers ont aussi dû mettre la main à la poche. Plus inattendu, 9 % des usagers des services de santé ou du système éducatif ont été confrontés à la corruption.
Fraudes, collusion et trafic d’influence sont désormais des pratiques intégrées par les corps médical et enseignant. Là comme ailleurs, les fonctionnaires ont mis sur pied des stratégies parfois très subtiles, comme l’instauration de systèmes de corruption mutualisée. Lorsque la corruption individuelle expose le coupable à la dénonciation de ses collègues, de véritables réseaux se forment, facilitant la redistribution des bénéfices de haut en bas de la chaîne hiérarchique.
Diplômes achetés
Dans le système éducatif, l’admission des élèves ou des étudiants dans l’établissement de leur choix et la fraude aux examens constituent les abus les plus courants. Une enquête réalisée en 2005 par l’Association nigérienne de lutte contre la corruption (ANLC) démontrait que les parents d’élèves prennent directement contact avec les enseignants ou sollicitent un intermédiaire, quand ce ne sont pas les enseignants eux-mêmes qui s’organisent collectivement pour offrir leurs services au moment des examens. Ceux-ci sont clairement tarifés, le brevet d’étude de premier cycle se monnayant jusqu’à 150 euros, le baccalauréat 300 euros et une bourse d’études à l’étranger 450 euros.
Si beaucoup d’arrangements se soldent par une transaction financière, la corruption peut aussi se manifester tout autrement, certains professeurs pratiquant un véritable droit de cuissage sur les élèves ou étudiantes souhaitant passer au niveau supérieur. Ce sont les fameuses MST – moyennes sexuellement transmissibles – que les victimes dénoncent de plus en plus vigoureusement, sans pour autant faire régresser le phénomène. Conséquence, dans un nombre croissant de pays africains, la manipulation des résultats aux examens « menace sérieusement la fiabilité des modes de certification de l’enseignement supérieur, induisant le scepticisme sur la validité des résultats », souligne Mark Bay, directeur de l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE), qui vient de coéditer avec l’Unesco un rapport sur la corruption dans le monde enseignant.
Pour Karamoko Kané, cette gangrène du système éducatif est sans doute l’une des manifestations les plus graves de la corruption, car elle assure la pérennité du système : « En réalité, ce sont les fondements mêmes de la vie en commun qui sont progressivement ébranlés lorsque les enfants qui, plus tard, doivent prendre le pays en charge viennent à être définitivement convaincus que l’effort personnel et le mérite ne sont d’aucune utilité, et qu’une vie réussie ne peut être bâtie que sur les magouilles et le favoritisme. » Cette corruption du quotidien est certes moins médiatique que l’enquête judiciaire sur « les biens mal acquis » menée par la justice française à l’encontre de certains chefs d’État africains soupçonnés de s’être constitué un patrimoine en détournant de l’argent public. Moins médiatique, mais autrement plus dangereuse pour les générations futures.
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14:20 Publié dans Décryptage Nord-Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corruption, afrique, argent
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AFRIQUE DU SUD - SOCIÉTÉ
crise économique(120) - exil(25) - émigration(22) - statistique(10)
06/10/2009 12:16:42 | Jeune Afrique | Par : Financial Times et Jeune Afrique
Les Blancs sud-africains rentrent au pays
Ils étaient partis en masse vers des cieux qu’ils croyaient plus cléments. Mais, depuis cette année, la tendance s’inverse. En cause : la crise mondiale, qui rend la vie d’exilé bien difficile.
Après quinze années passées à Londres, Willem De Klerk éprouvait une certaine appréhension à rentrer en Afrique du Sud. « Quand j’ai évoqué cette possibilité, à la fin de 2008, mes amis m’ont dit que j’étais en train de faire la plus grosse erreur de ma vie », raconte-t-il. Cet ancien fonctionnaire de 41 ans n’a pourtant pas tardé à comprendre qu’il avait pris la bonne décision.
« La vie au Royaume-Uni était devenue très dure. Les six derniers mois, nous n’arrivions même plus à joindre les deux bouts. » Avec femme et enfant, De Klerk a quitté une maison de la banlieue de Londres pour une propriété trois fois plus grande près de Pretoria. « Nous avons apprécié d’en avoir pour notre argent. Depuis que nous sommes ici, nous nous en sortons mieux que jamais. »
Joindre les deux bouts
L’histoire de la famille De Klerk est loin d’être une exception. Et pourtant, il y a un an, les coupures de courant, le taux de criminalité élevé et les incertitudes politiques décourageaient les Sud-Africains blancs, qui se précipitaient vers la sortie.
Mais, aujourd’hui, même si la discrimination positive et la criminalité leur font toujours peur, de nombreux Blancs cherchent à regagner leur pays. Il n’y a pas de statistiques officielles en ce domaine. De surcroît, les analystes estiment que beaucoup de départs n’ont pas été enregistrés. L’Institut des relations interraciales s’est néanmoins risqué à faire des projections : entre 1995 – soit un an après la fin de l’apartheid – et 2005, plus de 750 000 Blancs (sur les 5,2 millions que comptait alors l’Afrique du Sud) auraient quitté le pays.
Les statistiques des entreprises de déménagement, elles, sont formelles : le nombre des retours est à la hausse. Depuis le début de 2009, une soixantaine de personnes utilisent chaque mois les services d’Elliott International (qui détient près de 30 % des parts de marché) : c’est presque le double par rapport à 2008. « Il y a eu un tournant, la confiance revient », estime Charles Luyckx, son directeur exécutif. À l’en croire, alors que l’on comptait quatre départs pour un retour en 2008, le ratio se rapproche aujourd’hui d’un pour un.
Tyron Whitley, 34 ans, qui a quitté Londres pour Durban il y a dix-huit mois et créé une entreprise de transport par bateau des véhicules des candidats au retour, fait le même constat : « L’an dernier, on établissait trois devis par semaine. Cette année, c’est un à deux par jour. »
Selon un rapport de la FNB, une des plus grosses banques du pays, seulement 11 % des propriétés sont vendues par des personnes sur le départ, contre plus de 20 % ces dernières années.
L’ampleur de la récession en Australie, au Royaume-Uni et à Dubaï semble avoir joué un rôle majeur dans ce retournement de tendance. Pour l’Afrique du Sud, la crise économique a été moins grave et les perspectives politiques s’améliorent. Jacob Zuma, élu en avril dernier, est peut-être un personnage controversé, mais, pendant ses premiers mois de présidence, il a envoyé des signaux plus rassurants que son prédécesseur Thabo Mbeki à la minorité blanche, aux Indiens et aux métis. « Zuma dit ce qu’il a à dire. Reconnaissons-lui ce mérite », estime Greg Anderson, 41 ans, qui a quitté Londres et sa société spécialisée dans les nouvelles technologies pour Le Cap, il y a quelques mois. Tim Schultz, 35 ans, envisage de suivre son exemple : « Beaucoup de sujets de division ont disparu. La fièvre est retombée. »
Ce nouveau contexte pousse les jeunes actifs à considérer les perspectives de leur pays avec davantage de recul. Ils les comparent à celles d’autres marchés émergents, comme le Brésil ou l’Inde, plutôt qu’à celles des pays plus développés, comme l’auraient fait leurs parents et leurs grands-parents. « La jeune génération ne voit pas les choses de manière aussi apocalyptique », conclut Schultz.
14:17 Publié dans Spirit of Africa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, jeune afrique, retour des blancs
mardi, 06 octobre 2009
Foncièrement bien dit
Vendredi 9 octobre, Venance KONAN sera l'invité des causeries Kokoyalê.
Résumé :
Robert et les Catapila, le plaisir du raconteur d’histoires prend le pas sur le souci du donneur de leçons. Même le badinage ne fait pas de l’ombre à la gravité de l’allégorie.Qui est étranger, qui ne l’est pas ? A qui appartient la terre, à celui qui la travaille ou à celui qui en récolte l’usufruit ? Quand leur prospérité de solides cultivateurs finit par attiser convoitise et jalousie chez leurs hôtes, il a fallu se rendre à l’évidence qu’un étranger n’est acceptable chez les autres qu’à condition qu’il rase les murs. Une fin qui surprend ridiculisant l’actualité d’un certain concept pseudo politique qui a fait fureur en Côte d'ivoire. ( le blog de kangni alem : http://togopages.net/blog/?p=95)
Causeries Terra Nova : chaque vendredi soir à Abidjan.
Réservations : terranova_ci@yahoo.fr
http://terra.blogspirit.com
22:35 Publié dans Spirit of Africa | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : venance konan, côte d'ivoire, foncier, ivoirité, kokoyalê









